jeudi 11 janvier 2007

Metais 1

 

 

Joël Métais

Economie industrielle de la branche financière

21 December 2006

 

 

 

 


Table des matières

 



Section 1      
Introduction au chapitre et vision traditionnelle

Présentation  du cours

1.1                Prochain cours le 16 novembre.

1.2                Les intermédiaires financiers comprennent aussi par exemple les bourses de valeurs en tant que plateformes de cotation.

1.3                Par le passé, les acteurs étaient uniquement analysés en tant qu'acteurs spécifiques. En effet, la banque correspond à la monnaie dans cette acception. D'ou des questions de politique monétaire (contrôler l'évolution des agrégats monétaires, ou de leurs prix que sont les taux d'intérêt, ce pour la stabilisation macroéconomique). Pour assurer la stabilité de la monnaie, réglementer très étroitement le secteur bancaire et financier au sens large.

1.4                Depuis 15 à 20 ans, la situation s'est enrichie : si les banques sont des acteurs économiques particuliers, ce sont aussi des acteurs ordinaires par ailleurs. En particulier, ce sont des entreprises comme les autres, mis à part la création de monnaie. D'où analyse par les outils standard de la microéconomie. Il est aussi possible (situation proche) les analyser avec les outils avec les outils de l'économie industrielle.

1.5                Analyse IO de ces phénomènes : comment définir la production, et la mesurer ?

·          Est-ce mono- ou pluriproduits ?

·          Pourquoi la banque, dont la production inclut entre autres la monnaie, doit-elle être réglementée ? Quels fondements, quelles formes ? Quelle évolution de la réglementation par rapport à la première vague il y a 70 ans ?

·          Retour sur la production de la banque : y a-t-il des économies d'échelle ? d'envergure ?

·          Quelles formes de la concurrence ? Allier à chaque fois le débat théorique et le développement des faits. A partir de cas concrets, s'interroger sur la concurrence dans le secteur bancaire en général. Or l'adjectif bancaire est lui-même passe-partout. D'où la concurrence bancaire est complexe : certains types d'activité bancaire sont très concurrentiels depuis longtemps, d'autres développent une concurrence monopolistiques, d'autres encore se prêtent aux marchés contestables. Ainsi, les autorités de la concurrence peuvent-elles examiner les fusions bancaires ?

·          Evolution des structures financières. Un cadre du type innovations/évolutions du contexte réglementaire, classique en économie industrielle. Les phénomènes de mégafusions bancaires et des autres branches des services financiers : Chicago Mercantile Exchange (CME) et Chicago Board of Trade (CBOT) fusionnent, créant le premier marché mondial des dérivés. Prestataires de service privilégié des banques, elles-mêmes le noyau du secteur financier. Consomment des services de gestion d'actif et des services de dérivés.

1.6                Méthode : un ensemble de pistes de réflexion. Des lectures à réaliser, environ 200 pp.

1.7                Un examen final, traditionnel : cours et lectures. Une question de cours, sans malice. 2h30 à 3h d'épreuve.

1.8                Dans ce cadre, pourquoi un cours sur l'économie industrielle de la banque ? On ne peut restructurer le secteur bancaire comme on le fait pour l'automobile par exemple. En effet, si un opérateur faisait faillite (ex. Ford), le secteur pourrait être assaini car est en surcapacité flagrante, et des producteurs sont inefficaces. En revanche la chute d'une banque (ex. Citibank) peut être très rapide du fait de la folie des foules (madness of crowds). Et cette faillite peut entraîner la chute de tout le secteur.

Introduction au chapitre

1.9                Que font les banques, et les autres intermédiaires financiers ? Quelques références historiques pour la genèse des activités et institutions. Une notion vague dans son contenu et ses limites.

Genèse des banques

Change

1.10             Historiquement, les banquiers sont cambistes. Banco était le petit banc sur lequel les agents se livraient au change manuel. D'où les liens entre ceux-ci et la monnaie, notamment au Moyen-âge européen : des pièces métalliques frappées à l'effigie du prince (autorité, force, possibilité de faire respecter la confiance entre les sujets).

1.11             Les espaces monétaires (Mundell) sont très étroits, car communications limitées à l'époque. Sur 100 km, changer ainsi 2 ou 3 fois de monnaie. Les échanges impliquent plusieurs monnaies.

Commerce international

1.12             Les banquiers sont donc impliqués dans le commerce « international » (Provence-Bretagne). Ils vont comprendre que ce commerce nécessite du crédit : temps entre l'expédition des marchandises, leur réception et leur revente. D'où du crédit international.

1.13             En outre, transport des pièces est lourd et dangereux. Il y a en outre du crédit. D'où création de la lettre de change, instrument à la fois de change (libellée dans une autre monnaie) et de crédit.

1.14             Cette activité demeure : financement des cargaisons de pétrole redevenu très attractif par exemple.

1.15             Les anglais ont appelés ces banques les merchant banks, les « marchands banquiers ».

Banques de développement

1.16             Au XVIe italien, et XVIIe hollandais, développement d'institution publiques possédées par des régions ou des villes. Financement d'investissements de long terme jugés utiles pour la collectivité : infrastructures. Apport de capitaux longs pour des activités en lancement. La Banque d'Amsterdam.

1.17             Industrial Bank of Japan, et deux autres banques, créées au Japon pour reconstruire le pays malgré une issue incertaine des investissements.

1.18             En France, le Crédit Immobilier des Frères Pereire. Aujourd'hui, la CDC dans sa version banque en est le lointain héritier. La Banque de Paris et des Pays-Bas portait aussi des financements à très long terme (banque d'affaires), en plus des activités de commerce international.

Banques de dépôt

1.19             C'est la BNP, dans sa version « non Paribas ». Elle apparaît à la fin du XVIIe, en Ecosse, et chez les orfèvres de la Tour de Londres.

1.20             La monnaie : des pièces de métal précieux à l'effigie du prince. Elle présente un ensemble d'inconvénients, et l'on cherche des moyens plus pratiques pour régler les échanges. Parfois, des problèmes de sécurité surviennent.

1.21             Les agents acceptent les pièces, et les autres objets précieux (argent, or). Les clients reçoivent un reçu, billet ayant une contre-valeur. Un certificat de dépôt au sens propre. Le détenteur du reçu peut récupérer son or si retourne chez l'orfèvre. Sinon, il est déclaré en banqueroute.

1.22             Les détenteurs de certificats s'aperçoivent qu'il suffit de les faire circuler, éventuellement par endos. On peut ainsi éteindre des dettes. Le détenteur ultime peut toutefois décider de récupérer la contre-valeur.

1.23             Les technologies de règlement des échanges sont très importantes aussi dans l'histoire du progrès humain. Elles préoccupent les responsables des grandes banques, y compris centrales, pour les problèmes de sécurité.

1.24             Les orfèvres réalisent que les billets circulent, que la confiance seule importe si les clients veulent récupérer leur or. Mais leur stabilité de comportement permet d'imaginer d'émettre d'autres billets (simples feuillets), strictement fongibles avec les précédents, en contrepartie d'une reconnaissance de dette. Le crédit moderne est inventé, et avec lui la banque moderne : les crédits font les dépôts.

1.25             Une faiblesse toutefois : les clients ne doivent pas vouloir tous retirer leur or, sans quoi la banque est en banqueroute.

1.26             Ceux qui ont systématisé le lien or-billet-crédit sont les banquiers écossais du XVIIIe. Hume, Adam Smith, penseurs écossais de l'époque, voient les premières banques de dépôt modernes : du papier contre l'or, et la monnaie se débraie de plus en plus du métal en accompagnant la croissance économique. Heureusement, car celle-ci n'est plus limitée par la croissance du stock d'or et de métal précieux.

Aujourd'hui

1.27             BNP Paribas, par exemple, rassemble toutes ces notions. D'autres activités encore ont des origines historiques moins bien établies.

1.28             La banque n'est qu'un intermédiaire parmi d'autres, d'où le problème de la frontière avec les autres intermédiaires financiers non bancaires. Cela importe, car la banque, c'est la monnaie. Alors, s'il y a problème, on revient à cette frontière.

1.29             Il y a 3 semaines, une crise financière a eu lieu, impliquant le hedge fund nommé Amaranthe, entraînant 8 milliards de dollars de pertes du fait de la spéculation à la hausse permanente du prix du pétrole. Avec 1000 d'épargne, et 10000 d'emprunt aux banques. Alors B.Bernanke a appelé JP Morgan (principal prêteur) pour trouver une solution rapide et discrète. Comme pour la crise Baring de 1890 : « le plus étonnant est qu'elle n'a jamais eu lieu ». Même avec un intermédiaire financier, la crise ramène l'onde de choc au cœur, i.e. à la monnaie et à la banque.

1.30             Il y a dix ans, le fonds LTCM (10 milliards de dollars) avait généré la même réaction d'A.Greenspan. Il avait dû envisager une solution avec sept à huit banquiers américains et européens. La Banque centrale d'Italie avait été impliquée dans l'opération. Elle avait placé ses réserves. Cette crise a été bien digérée, de la même façon.

La vision traditionnelle de l'intermédiation financière et de la banque

Histoire de la pensée économique sur la banque

L'absence de réflexion sur la banque

1.31             Les économistes se sont intéressés à la monnaie dans une vision spécifique, non retenue ici directement. Depuis la théorie classique anglaise : qu'est-ce que la monnaie ? Sa quantité ? Son lien à l'inflation ? Son système (bi-métallique, etc.) ?

1.32             En effet, au XVIIe siècle, les auteurs mercantilistes. Puis Adam Smith, et les classiques anglais dominés par Ricardo. Pour ce dernier, la monnaie se résume à une simple quantité M. Il est quantitativiste. Il s'intéresse au taux d'inflation, de change : son montant est déterminé par l'écart de taux de croissance entre les deux quantités en question.

1.33             Néo-classiques : la monnaie est encore une quantité M, théorie quantitative et niveau général des prix. La monnaie est neutre à court et long terme, les banques n'y ont pas de rôle.

1.34             Chez Keynes au contraire, la monnaie est non neutre. Problème de la trappe à liquidité, qui existe, comme pendant 5 ans au Japon. La banque centrale pratiquait un taux de réescompte de 0%, l'argent ne faisait pas fonctionner l'économie japonaise, et était placé dans l'immobilier à Londres et Paris : suralimentation du monde en liquidité, car l'argent emprunté à 0% était prêté aux banques non japonaise. La banque ne joue pas encore. Keynes était plutôt préoccupé par le marché boursier.

L'arrivée des théories sur la banque

1.35             Fin des années 1950, Tobin notamment : la monnaie est un actif financier parmi d'autres (mais spécial), et les banques sont des intermédiaires financiers parmi d'autres.

1.36             « Money in a theory of finance », 1960 : Gurley & Shaw décortiquent le système des intermédiaires financiers pour la première fois, au-delà des questions de monnaie et d'inflation.

1.37             En macroéconomie standard, développée à partir de Keynes et de la synthèse néo-classique keynésienne : né à la fin des années 1950, le modèle d'équilibre général implique que I = S (investissement global, épargne globale).

·          Si néo-classique, l'équilibre est généré par les prix dans l'ensemble de l'économie. I, investissement en capital physique, et S les fonds prêtables le sont par le taux d'intérêt réel. Si la productivité marginale du capital baisse, et qu'elle s'égalise avec le taux d'intérêt, alors les agents arrêtent d'épargner (et consomment).

·          Si keynésien, rigidité des prix à la baisse. L'équilibre passe par les variations de quantités, donc du PNB pour que I = S. Ce grâce au multiplicateur keynésien. Si une hausse de I survient, par le multiplicateur génère un supplément de PNB. Or lié à S par propension fixe à épargne, alors hausse de S puis équilibre.

1.38             Mais G&S : I a besoin d'un financement : S est-il en quantité suffisante, et finance-t-il I en quantité suffisante ? Une identité comptable ici, mais en économie réelle : des projets d'investissement portés par des agents, qui peuvent manquer de fonds, et d'autre part des épargnants dont S peut varier selon leurs revenus, anticipations, etc. Or seule une partie des investissements débouche. Mais est-ce satisfaisant si la démographie pousse, si le PNB est insuffisant, y compris dans l'UE ?

1.39             D'où G&S : il est crucial de s'assurer qu'il existe des mécanismes contribuant à ce que l'épargne trouve effectivement son chemin vers l'investissement. On ne peut faire confiance aveuglément au taux d'intérêt ou à la variation du revenu via le multiplicateur keynésien.

1.40             Ainsi, besoin d'institutions classées en finance directe et en finance intermédiée. Certains disaient précédemment que les  intermédiaires financiers inutiles. Epargnants ont des créances sur eux. Eux-mêmes en ont sur les agents non financiers. +8 -8 +8 -8 = 0. D'où les supprimer. Mais les comptables nationaux ont fait ressortir une valeur ajoutée des intermédiaires financiers. Ex. : 34% du PNB du Luxembourg aujourd'hui, et le secteur financier est le plus gros employeur, contributeur fiscal, contributeur à la balance des paiements courants via les services.

Le système de G&S

1.41             Pour résoudre ce problème, il y a deux procédés.

L'actif financier

1.42             Un actif financier est un vecteur aux caractéristiques suivantes, sur lesquelles il va y avoir débat :

·          Montant unitaire des titres (le nominal). Ce n'est pas indifférent, car si on émet des titres pour un ticket de 10 000 euros, 100 000 euros. On ne vise pas alors le même type d'agents à capacité de financement : plutôt des investisseurs institutionnels, qui agissent souvent eux-mêmes pour le compte d'épargnants (mobilisant l'épargne des particuliers notamment).

·          Échéance à l'origine : certains épargnants refusent d'investir dans des titres pour des durées trop longues par rapport à leur horizon économique. Différent de la durée de vie restante.

·          Liquidité : les titres sont-ils négociables ? Tous les titres ne sont pas forcément négociables sur des marchés secondaires, et l'on peut en avoir pour un à trois ans. Par exemple, des billets de trésorerie à 3 ans ne sont pas négociables – pas de marché, pas de liquidité. Il n'y a pas forcément correspondance entre liquidité et échéance à l'origine.

·          Mode d'amortissement des titres : comment les rembourser ? En argent à l'échéance (total in fine), certes, mais aussi : possible de rembourser des obligations en actions. Pour un crédit, remboursement linéaire, progressif, dégressif,

·          Mode de rémunération : à taux fixe (obligations) ou variable (par ex. pour une obligation à 10 ans, indexée sur un taux de référence à 6 mois avec une formule d'indexation, y compris avec un cap ou un floor). Il existe aussi des rémunérations aléatoires, conditionnelles à la survenance d'événements : le dividende. Si l'entreprise a fait des profits, le dividende survient. Mais aussi : parmi les intermédiaires financiers non bancaires, il existe aussi les assureurs vie et les assureurs dommages. Collectent les primes d'assurance, et rémunèrent quand survenance d'un sinistre : dépend de la survenance et de l'importance. Dans l'histoire de la mutuelle, on peut avoir un rappel de primes si les dommages survenus dans l'année ont été trop importants. Ex. : voiture tombe, un train déraille, et la voie ferrée longe un canal où se trouve un port. Des péniches et une partie du port détruits. D'où des centaines de millions d'euros de dommages, car retards de livraison, reconstruction.

·          Risque de signature : l'emprunteur ne peut ou ne veut pas rembourser (défaut du débiteur). Par exemple, s'il fait faillite. En revanche, il peut mentir sur la réalité de sa situation ou traîner des pieds. Il peut également sciemment se mettre en situation de défaut. Est-ce la règle ou l'exception ? Cela renvoie au cadre institutionnel (droit des contrats en finance), et une fois les contrats passés, aux moyens d'assurer chaque jour leur respect. Au bout de combien de temps un emprunteur défaillant est-il considéré comme faisant défaut ? Les lois de faillite sont elles-mêmes très différemment favorables aux débiteurs. Par la suite, quel est le degré de corruption de la justice ? Enfin, quelle application de la sentence ? La Banque Mondiale travaille sur ces sujets des créances douteuses, pour assurer le développement économique des pays.

·          Fiscalité : un rôle très important. Ceux qui achètent de l'immobilier défiscalisé (loi Robien) le font sans se rendre compte que ne rapporterait pas 2% : moins que le Livret A en réalité. Cela car le promoteur propose un prix 40% trop cher par rapport aux revenus générés par les biens immobiliers, également car le marché n'est pas assez concurrentiel. Or n'achètent pas un actif (réel ici) en vérité, mais achètent de la défiscalisation. De cette façon, on a amené les Français à s'intéresser à la Bourse et aux actions dans les années 1960, autour de la subvention à une branche industrielle du marché financier. Ainsi, les SICAV Monory, introduites par le Ministre des Finances ont été défiscalisées à hauteur de 30% environ du portefeuille personnel des Français, à la différence des obligations et des bons du Trésor. Les SICAV et FCP représentent le 3ème volume au monde des actifs gérés. Elles ont aussi permis le financement de l'industrie française.

Finance directe

1.43             Nous l'appelons communément le marché financier.

·          D'un côté, les agents à capacité de financement. Ce n'est pas exactement l'épargnant, car lui-même peut avoir des projets d'investissement qu'il réalise lui-même avec son épargne (auto-financement, comme pour les entreprises en bonne santé). Des agents auxquels il reste une capacité de financement une fois leurs propres projets financés.

·          En face, les agents à déficit de financement. Tous ceux ayant des projets à capital fixe, et recherchant des fonds. Ceux-ci peuvent aussi avoir de l'épargne. Mais ils n'en ont pas assez, et doivent trouver le complément.

1.44             En finance directe, un échange d'épargne contre des actifs financiers. Des actifs de longue échéance (voire indéterminée), avec des actions, des obligations. Ce n'est pas toujours de la FBCF cependant, il y a aussi du financement à court terme (cycle d'exploitation pour les entreprises, prêt personnel pour les particuliers) : pour les entreprises, ce sont des billets de trésorerie (comme des obligations, mais échéance d'une semaine à un an).

1.45             La finance directe se déroule sur une place financière, avec un marché primaire puis secondaire. On y trouve aussi des intermédiaires :

·          Marché primaire : faciliter le placement des emprunts lorsque l'investisseur lève les fonds (actions, obligations, billets de trésorerie) : investment banks.

·          Marché secondaire : ce sont des maisons de courtage : brokerage houses (Merrill Lynch). Une réalité américaine qui impose son modèle et sa terminologie.

1.46             Ces types de maisons ont souvent fusionné au cours des 15 dernières années : le marché du neuf et de l'occasion. Certes monter un emprunt et recueillir des ordres pour former un prix de marché. Mais le réseau de distribution peut être le même, d'où des économies.

1.47             La finance directe implique que les épargnants et les emprunteurs acceptent les caractéristiques des titres : montant unitaire, liquidité, rémunération, échéance, etc. C'est la valeur ajoutée des IB d'organiser cet échange : to tailor assets, pour faire du sur mesure.

1.48             Chez G&S, les titres émis par les agents à déficit de financement sont nommés titres primaires [1].

1.49             Or l'échange direct n'est pas toujours possible à un coût acceptable, et la finance directe n'a pas toujours lieu. On passe alors à la finance intermédiée. En effet, les épargnants ne veulent pas toujours des titres primaires (reconnaissances de dettes), mais peuvent être intéressés par des titres créés par les intermédiaires : titres secondaires ou indirects.

1.50             L'intermédiaire financier inscrit tout à son bilan. Les titres primaires sont à l'actif du bilan, les secondaires sont des reconnaissances de dettes des intermédiaires financiers, et sont donc au passif du bilan. On peut reconnaître à leur bilan une banque de dépôt d'un organisme de crédit à la consommation, une banque à vocation internationale d'une caisse régionale, un spécialiste de crédit-bail aéronautique d'une banque généraliste. Les emplois sont les actifs, les ressources sont les passifs.

Finance intermédiée

1.51             Ce sont les mêmes protagonistes, agents à capacité de financement et agents à déficit de financement. On fait toujours circuler l'épargne, mais celle-ci fait un détour par l'intermédiaire financier. Elle circule toujours en contrepartie d'actifs financiers (titres).

1.52             Quel détour ? Quand il y a finance intermédiée parce que la finance directe n'a pas pu se concrétiser, les intermédiaires financiers doivent réaliser la transformation qualitative d'actifs. En effet, si les agents ne sont pas d'accord sur les caractéristiques des titres (travail des banques d'investissement contre des commissions), usage de la finance intermédiée : des titres émis par les agents intermédiaires financiers.

1.53             Parmi les transformations :

·          Celle des montants unitaires. Transformer les petites sommes (en moyenne) des agents à capacité de financement. Les emplois de ces sommes seront (en moyenne) plus grands. La taille moyenne des dépôts sera ainsi, pour une banque, plus petite que celle des crédits.

·          Celle des échéances. En moyenne les ressources sont à plus court terme que les emplois, il transforme donc du court terme en long terme. La banque prend donc un risque de liquidité, car en tant que banque on peut lui demander de restituer la monnaie, si trop de crédits à long terme pour peu de ressources en cash. On retrouve le problème des orfèvres londoniens. C'est obligatoire si l'on veut que les banques remplissent leur rôle.

·          Celle des risques de signature : un agent à capacité de financement achète du risque de signature d'intermédiaire financier (banque par exemple). Or le risque de la banque n'est pas en réalité attaché à celui-ci, mais il est lié à l'actif du bilan bancaire correspondant aux titres primaires achetés aux agents en déficit de financement. Quand le banquier compose son actif, il cherche à pratiquer une bonne diversification (théorie du portefeuille, Markovitz). Dans le sien, des actifs à haut risque/haut rendement, ou l'inverse. Les risques non systématiques attachés aux différents actifs doivent être aussi peu corrélés que possible.

·          Le risque systématique est celui affectant dans le même sens (même si proportion différente) tous les titres émis par différents agents : la conjoncture, des chocs violents accidentels. Ex. : 11 septembre.

·          Le non systématique est lié à chaque entreprise, ou à chaque secteur. Ex. : Danone, Vivendi et Renault. CEx : Michelin, Renault.

Alors le banquier va faire bénéficier des retombées de sa bonne diversification les agents qui achètent ses titres secondaires, construits à partir des titres primaires vendus par les agents en déficit de financement. Le bon épargnant doit s'intéresser à la qualité de sa banque. Or ne le fait que très rarement, et porte sa part de responsabilité dans les faillites bancaires (complicité passive, insouciance coupable : benign neglect).

1.54             Il faut accepter que les titres secondaires soient jusqu'à un certain point seulement débrayés des risques attachés aux titres primaires.

La rémunération

1.55             En finance directe : les investment banks placent les emprunts (montage et émission des titres primaires). En intermédiée [2] : les brokers. Chacun est rémunéré par des commissions (fees). Ces agents sont des prestataires de service, donc perçoivent des commissions.

1.56             Toute une partie de l'activité en amont de celle des banques d'investissement correspond aussi à un rôle rémunéré par commission : par exemple, les 50€ de frais de dossier (prestation de service) d'une banque de détail : « 3.8% TEG » car instruction, vérification, etc.

1.57             De même, la transformation qualitative d'actifs fait l'objet d'une rémunération qui est (était) rémunéré par la marge d'intermédiation, souvent une marge d'intérêt. On la calcule comme un produit du portefeuille d'actifs. Compte : Produits du portefeuille d'actifs primaires – Dépenses liées aux ressources mobilisées par l'émission des titres indirects (en intérêts) = Recette nette. On la divise par le total du bilan (actif=passif) [3], et cela constitue la marge d'intermédiation (somme des intérêts perçus sur les intérêts versés : elle est proche d'une marge d'intérêt). C'est l'équivalent au RBE du commerçant. Mais depuis 20 ans environ, cette marge devient de plus en plus plate. En effet, les ressources coûtent de plus en plus cher, alors que les emplois rapportent de moins en moins.

Section 2       La vision renouvelée de l'activité des intermédiaires financiers

2.1                Examen : non encore défini à ce stade. Fin le 22 décembre au plus tard, voire en janvier. Au moins quatre semaines de travail, d'où un examen probablement fin janvier.

Rappels

2.2                La fonction finance directe/intermédiée. La transformation qualitative d'actifs est l'activité principale des intermédiaires financiers (montant unitaire, échéance, etc.).

2.3                Quelle est la rémunération et les dépenses des intermédiaires financiers ? Quelle est leur marge d'exploitation, leur CA ? Deux sources de rémunération :

·          Commissions, ce qui correspond à une activité de courtage (trouver les emprunteurs et les prêteurs, comme les courtiers en finance directe). Ce sont les activités de prestataire de services aux agents non financiers, comme tout acteur des marchés boursiers. Par exemple, commission associées au montage des crédits (« frais de dossier »).

·          Marge d'intermédiation surtout. Il s'agit de la somme des intérêts perçus sur les actifs (crédits pour une banque, forfait feuille/titres, etc.), moins la somme des intérêts versés sur les ressources. Pour une banque, ce sont les dépôts, divers titres émis par la banque (certificats de dépôt, obligations, etc.). Nous arrivons ainsi aux intérêts nets ramenés en pourcentage au total du bilan, ou à la somme des actifs productifs éventuellement.

La vision renouvelée de l'activité des intermédiaires financiers

2.4                Une vision renouvelée car pour G&S : le financement de l'économie repose toujours sur la finance directe (via les marchés de titres) et la finance intermédiée, en coexistence. Les proportions varient selon les pays et les époques dans un même pays. Cela va de pair avec l'existence des intermédiaires financiers : on n'a pas à s'interroger sur les raisons de leur existence.

2.5                Ce point précis va devenir une source de controverse, y compris dès les années 1960. En équilibre général (Walras) intertemporel (Arrow & Debreu, années 1950), on se demande comment transférer des ressources d'une période à une autre. De l'incertitude est introduite en outre, des états de la nature différents, avec des événements conditionnels à divers facteurs. L'une des conséquences de cet EGI est l'absence chez eux d'intermédiaires financiers. Tous les transferts intertemporels de ressources, de même que l'assurance (se prémunir en gain et perte contre des événements aléatoires), se font seulement par des marchés de titres.

2.6                Comment soutenir donc l'existence des intermédiaires financiers, et leur rôle de transformation qualitative d'actifs ? Il faut donc situer là tout le renouvellement de l'analyse des intermédiaires financiers à partir des années 1970.

2.7                En fait, la réalité n'est pas conforme au modèle théorique. Deux pistes différentes : celle des coûts de transaction (dès 1976), et celle des asymétries d'information (et des imperfections de marché, 1982 à 1984).

2.8                Cette vision renouvelée ne rejette nullement le cadre proposé dès 1960 par G&S (transformation qualitative d'actifs comme fonction primordiale des intermédiaires financiers).

2.9                De même, le théorème de Modigliani Miller : pour une entreprise dont on cherche à maximiser la valeur, la structure financière est neutre (l'effet de levier de l'endettement est donc non pertinent. En 1985, Sharpe, Fama et al concluront qu'une banque est sans spécificité, c'est un portefeuille diversifié parmi d'autres (une SICAV donc).

2.10             En effet, dans de nombreux domaines, la finance directe gagne depuis vingt à vingt-cinq ans sur l'intermédiation, ce qui n'est pas un hasard. En cohérence avec MM, Fama, Sharpe, etc.

Intermédiaires financiers et coûts de transaction

2.11             Benston & Smith (1976), « A transaction costs approach of financial intermediaries ».

2.12             B&S vont reprendre les hypothèses sous-jacentes du modèle d'équilibre général et examiner si des motifs d'existence des IF ne s'y situent pas en réalité.

2.13             Les hypothèses sous-tendant le modèle expliquent que sur tous les marchés (services productifs, biens de consommation, biens de capitaux), les transactions se font sans friction, ce sans exception.

2.14             C'est-à-dire :

·          Pas de coût de recherche (search costs).

·          Pas de coût de négociation

·          Pas de coût de transport ou de stockage

2.15             Un monde d'échanges sans friction (EGI) ne correspond donc pas à la réalité. Il existe des logisticiens par exemple. Ces coûts sont regroupés sous le terme de coûts de transaction (ceux nécessaires pour mener à bien les échanges). Il s'agit d'une séquence enchaînée : chercher des partenaires, discuter avec eux, aller chercher la marchandise puis la stocker. De ce point de vue, les marchés ont permis de réduire ces coûts considérablement.

2.16             Ex : une firme monoproduit à rendements d'échelle constants, avec un coût moyen évoluant en fonction de la taille totale de la production. En doublant la production toutes choses égales par ailleurs, le coût moyen est-il constant ou non ? Y a-t-il des rendements d'échelle constants, i.e. la taille est-elle indifférente à l'efficacité maximale de la production ? Des activités de ce type existent, en nombre. Les activités bancaires banales peuvent être un exemple, controversé cependant. Les activités de service (consultants, etc.) aussi. Inversement, le rendement d'échelle croissant voit l'AC diminuer avec la production. C'est même la vocation de certaines industries, qui tendent donc à une situation de monopole. Enfin, le rendement d'échelle décroissant (au-delà d'une certaine taille, après des RE constants ou croissants). Cela peut être aussi le cas d'échelle des banques. Une activité qui est liée à l'intensité du capital, et à des questions de coûts fixes (ceux-ci sont parfois énormes, et doivent être amortis sur une taille croissante). En outre, il existe des activités à rendements d'échelle faiblement croissants.

2.17             Le modèle d'EGI de Walras repose sur cette idée des rendements d'échelle constants.

2.18             B&S : dans la réalité, on trouve des coûts de transaction sur les marchés d'actifs financiers. L'EGI dit que le financement de l'économie ne se fait qu'avec des marchés financiers. Les RE ne sont pas constants selon B&S, puisque certains acteurs fonctionnent à RE croissant.

2.19             Ex : bourses de valeurs (obligations et actions). L'existence des frictions est flagrante, avec :

·          les coûts de recherche. Les acteurs majeurs qui placent et montent les opérations sur les marchés primaires tirent ainsi leur force de leur réseau d'information (et de distribution) : quels emprunteurs ? prêteurs potentiels ? Quelle dimension macroéconomique ?

·          De même, on cherche sans cesse à améliorer les modalités d'échange pour parvenir aux prix et aux échanges effectifs (humains, logiciels, etc.)

·          Transport des ordres (acheminement) et stockage : qui conserve les titres, avec leurs garanties juridiques (custody, ou conservation des titres) ? Il ne s'agit pas de stockage en vue d'une consommation future, mais de protection juridique (piratage, etc.) en particulier.

2.20             Les économies d'échelle sont observables sur les search costs : connaître les emprunteurs et les prêteurs (domaine de l'analyse financière). On spécialise les analystes par secteur, et observe alors beaucoup d'économies d'échelle.

2.21             A l'autre bout (cusotdy), les titres sont aujourd'hui totalement dématérialisés. Des RE très importants aussi, qui ont beaucoup crû au cours des dernières années. Certaines grandes banques abandonnent ainsi leur custody car savent qu'elles ne seront pas en mesure avec leur seul volume d'affaires interne d'atteindre la masse critique. D'autres institutions grossissent en s'y spécialisant uniquement.

2.22             B&S : c'est bien parce que les échanges sur les marchés financiers subissent des coûts de transaction et des RE croissants dans certains segments qu'il y a place pour des acteurs entreprenant ces activités.

2.23             Une notion surgit aussi, celle de l'internalisation (Coase 1937, « The nature of the firm »). Les externalités, et le marché, peuvent gagner à être entrepris au sein d'une entreprise car les marchés présentent des coûts de coordination potentiellement importants. Les risques de défaut de coordination sont alors minimisés. On peut expliquer ainsi pourquoi les entreprises sont plus ou moins diversifiées, plus ou moins grandes, s'organisent en filiales ou non, etc. B&S appliquent au monde des marchés financiers ces principes sur l'existence de l'entreprise.

2.24             Depuis 25 ans, on assiste à la montée en puissance des marchés au détriment de l'intermédiation. Ex : des processus de financement passent aujourd'hui par des marchés. Pourquoi ? Si un prestataire de service croît au détriment d'un autre, c'est qu'il est plus efficace qu'il ne l'était il y a vingt ans. Ce au niveau des coûts de négociation (enjeu des fusions entre bourses de valeur, chute des coûts de négociation de 20%). Pression permanente des grands donneurs d'ordre. Dans le custody, forts RE donc effet typique : être plus efficace, réduire les coûts, etc.

2.25             Ainsi, les marchés reprennent du terrain grâce à leurs gains d'efficacité récents.

2.26             Le mouvement d'externalisation des entreprises correspond à ce type de raisonnement. Se lier aux autres par des contrats, mais Coase : ces contrats ont cependant un coût de mise en œuvre, de respect, de sécurité. Ex : il y a 8 ans environ, BA avait un modèle économique « logo » : ne plus être qu'un logo sur la queue des avions. D'où dessin d'un logo mondial. C'est le plus grand transporteur international mondial. C'était l'application d'un modèle où l'entreprise était une cellule de coordination de prestataires de service. Une clientèle internationale, plutôt haut de gamme, d'où des clients exigeants. Etre donc un chef d'orchestre. Nul besoin de posséder ses avions (en leasing). Une maintenance sous-traitée à des sociétés dans des pays à bas coût. Des réservations vendues, et traitées en commun pour d'autres compagnies aériennes. La restauration achetée à Servair, etc. Un marché mondial des pilotes sur des contrats typiques d'intérim. Enfin, un personnel navigant extérieur, avec des sociétés basées en Irlande (droit social minimal). Problème : échec, notamment sur les personnels. Opposition entre les nouveaux recrutés et les existants, avec dualité des droits sociaux. Les coûts de coordination sont devenus exorbitants (grèves, assignation devant les tribunaux). D'où BA a conservé l'internalisation d'une partie.

2.27             En matière financière, idem : beaucoup d'externalisation, y compris sur le cœur de métier : SSII.

2.28             De même dans l'électronique grand public (micro informatique et téléphonie) : tous les grands fabricants se sont progressivement séparés de leurs usines. Ex : Alcatel il y a six ou sept ans, se réservant la R&D/conception et le marketing, tout en vendant les usines. De même dans les ordinateurs (IBM à Lenovo). 

Intermédiaires financiers et asymétries d'information

2.29             La microéconomie standard fonctionne en monde certain. Mais dans les années 1970, introduction de l'incertain. D'abord une incertitude sur les choses, dans l'instant. En particulier sur la qualité (ex : des produits, des services, des individus : candidat au poste, donc se renseigner). En finance, incertitude sur l'honnêteté [4]. Marché du travail : paresseux/travailleurs, honnêtes/malhonnêtes ?

2.30             De même, une incertitude liée au passage du temps. Que sera demain ?

2.31             Le premier article dans le domaine est d'Akerlof (1970), « The market for lemons ». Analyse microéconomique du marché des voitures d'occasion, à incertitude forte sur la qualité du bien échangé, la voiture d'occasion [5].

2.32             On a tous les ingrédients de la microéconomie de l'incertain : incertitude sur la qualité du produit, mais aussi information incomplète et asymétrique entre l'acheteur et le vendeur. Pour savoir, l'acheteur potentiel devra faire des efforts mais l'information au départ imparfaite et asymétrique le bloquera (il ne pourra jamais éliminer totalement l'imperfection et l'asymétrie). La recherche d'information (efforts) a en effet un coût. Les rendements marginaux deviennent en particulier décroissants au-delà d'un stade.

2.33             Deux concepts émergent : l'antisélection (adverse selection) et l'aléa moral (moral hazard), ou comportement opportuniste. Ce pour des candidats, pour une compagnie d'assurance, pour un banquier face à des emprunteurs. Il ne connaît pas les cocontractants, et doit trouver le bon contrat pour eux et pour lui. Il faut donc mettre en œuvre des mécanismes pour acquérir l'information, or les bons clients disparaissent souvent mais pas toujours. Les bons sont éliminés, restent les mauvais : un résultat contre-intuitif. Ex : assurance, proposer une prime moyenne eu égard à ce qu'on peut faire payer à tous les candidats. Les très bons conducteurs vont juger la prime trop élevée par rapport à l'indemnisation, et partir. Les mauvais vont trouver le contrat intéressant eu égard à leur mauvaise conduite.

Conclusion : qu'est ce qu'une banque ?

2.34             Il existe toute une variété de formes d'intermédiation et de gestion des risques par rapport à il y a 25 ans. Les banques sont certes des intermédiaires financiers, mais elles ont une particularité : la notion de monnaie leur est associée (pouvoir de création monétaire, via le crédit surtout).

2.35             Il est aujourd'hui difficile de définir une banque. Dans le passé c'était typiquement une commercial bank aux USA, avec des dépôts au passif et des crédits à l'actif. Aujourd'hui, une banque n'a plus de contours clairs si l'on observe son bilan et surtout son hors-bilan. Il s'agit, entre autres seulement, de recueillir des dépôts pour distribuer des crédits.

2.36             Aujourd'hui par exemple, les banques sont impliquées dans les marchés de finance directe. Il s'agit alors d'émettre et de racheter des titres : les banques sont ainsi les relais de croissance des marchés. De même, sur les dérivés, les intervenants majeurs (pour compte propre et pour des clients) sont des banques.

2.37             D'où l'idée de Santomero : les banques sont des machines à assembler et gérer des risques, en plus du financement (transférer les fonds à partir des agents à capacité de financement). Elles pratiquent la redistribution des opérations de financement : la titrisation fait par exemple intervenir les marchés et les investisseurs institutionnels, et non plus les banques.

2.38             On peut seulement identifier une palette d'activités avec aussi des acteurs non financiers, pour le financement de l'économie et la gestion des risques.

Section 3        Réglementation et surveillance des activités bancaires et financières

3.1                La réglementation[6] concerne essentiellement les banques. Cela est dû en effet à leur spécificité. Les banques ont un effet plus général sur l'ensemble du secteur financier. En conséquence, nous pouvons obtenir une stabilité générale à partir d'une bonne réglementation bancaire. Certes, d'autres secteurs financiers ont aussi des spécificités, comme les assurances par exemple.

Pourquoi réglementer le secteur bancaire ?

Approche macroéconomique

Théorie générale

3.2                Toutes les activités économiques sont réglementées, et ce de plus en plus. Certaines le sont plus que d'autres, comme le secteur bancaire. La réglementation incombe à l'Etat, ou à son délégué. Cela implique la surveillance.

3.3                Un pays, le Royaume-Uni, a une vision spécifique d'auto-réglementation. Des règles du jeu internes sont ainsi respectées par la place, selon un principe de club. Cette formule fait aussi son chemin en finance internationale.

3.4                Réglementer est nécessaire du fait de l'écart entre les intérêts privés (leur somme) et l'intérêt collectif. Voir Coase et son théorème : la somme des coûts privés comporte des externalités négatives, en comparaison du coût social.

3.5                L'Etat intervient lorsque sont en jeu aussi l'ordre public ou la santé publique (ex : vache folle : intérêts de la filière et intérêts des consommateurs diffèrent).

3.6                Il faut aussi remarquer que toute réglementation a un coût : une taxe réglementaire. Ce via :

·          un coût de production (ex : l'industrie du papier comportant des externalités négatives comme la  pollution implique des filtres).

·          Un manque à gagner : les producteurs ne pourront donc atteindre l'équilibre de 1er rang en concurrence pure et parfaite.

Description de l'approche

3.7                Au 19ème siècle, on a constaté des crises bancaires et financières à répétition. Les deux ne se correspondaient pas toujours au demeurant. Ex : les crises financières sur les marchés boursiers ont réapparu depuis les années 1980.

3.8                Une crise bancaire typique est la ruée, ou le bank run. Les agents veulent obtenir la conversion de leurs dépôts, en métal précieux puis en billets. D'où l'émergence d'une banque centrale au RU, qui était d'abord une banque commerciale et d'amortissement de la dette publique. L'idée sous-jacente était de centraliser l'encaisse d'or pour faire jouer des économies d'échelle sur une partie des réserves d'or, afin de venir au secours d'une banque ayant des problèmes de conversion.

3.9                Voir Mary Poppins : la panique commence avec un refus du guichetier de convertir. Il suffit donc seulement d'une rumeur. On ne parle pas ici de solvabilité, de performance d'exploitation ou de qualité de l'actif bancaire : on parle de convertibilité de son passif.

Le coût en PIB

Au 19ème siècle, quand une banque disparaissait, il y avait contagion à tout le système, puis dans le secteur réel de l'économie (récession de PIB).

Le cas du Japon

Des exemples contemporains existent aussi, comme au Japon dans les années 1990. Les autorités n'ont pas su prendre en charge la crise. Il s'agissait d'une débauche de crédits malsains, une crise classique par cet aspect (activités non directement productives) :

·          De l'immobilier de bureau ou résidentiel, vite en bulle spéculative

·          De l'achat d'actions à crédit (ne vendre qu'au comptant)

3.10             Puis, une dépréciation est apparue sur les portefeuilles d'actifs (en propre), une détérioration des emprunteurs actionnaires, et une faillite des promoteurs ne possédant pas de fonds propres.

3.11             Le coût de cette crise en termes de PIB s'est élevé à 10 ans de croissance zéro dans le pays. Or la croissance moyenne annuelle de l'OCDE est de 2% environ. Ainsi, cela revient à une perte de 20% de PIB environ.

3.12             La crise de 1931-33 aux USA et en Europe était en cela similaire à la crise survenue au Japon.

Le coût budgétaire direct

3.13             Ce coût peut être sensible, comme dans les années 1980 :

·          1982 : faillite de Banco Ambrosiano (Italie)

·          1984 : Bank of Illinois (USA)

·          1985-86 : Caisses d'épargne aux USA, de même que les mutuelles pour recueillir les dépôts et crédits hypothécaires, soit 50% du système bancaire américain en crise environ.

·          1992 : Suède, Finlande. Les grandes banques sont tombées en quelques mois, avec un actif net négatif. En France aussi : Crédit Lyonnais, Crédit Foncier

3.14             Une solution : nationaliser de fait. L'Etat constate l'absence de fonds propres, car ceux-ci ont été mangés par les pertes. Il recapitalise l'établissement par des décrets, et via le Trésor Public. La banque retrouve un actif net positif.

3.15             Dans le cas de Continental Illinois, l'Etat est intervenu à titre temporaire seulement, et n'a pas nationalisé. Il s'est retiré dès que le privé a repris le relais.

3.16             En intervenant, l'Etat ne récupère pas forcément sa mise : la crise en Suède et Finlande a représenté 12% de coût en PIB. Ce ne sont pas des pertes, mais une facture budgétaire : injection de capitaux, restructuration (provisions, indemnités, retraites, etc.).

Le coût budgétaire indirect

3.17             Exemples :

·          Aux USA : les caisses d'épargne (savings and loan associations, SLA).

·          En France : Crédit Lyonnais et Crédit Foncier

·          Au Japon : les banques (intervention trop faible, trop tardive)

3.18             Une grande structure de défaisance est nécessaire pour gérer la crise (defeasance vehicle).

3.19             Lorsque les banques sont insolvables ou quasiment telles, il est étonnant qu'il n'y ait pas de ruée (crise de liquidité), sauf en cas de meilleure gestion. Il n'y pas eu ruée au Japon, peu en France (le CL était en effet une banque nationalisée). En Argentine en revanche, en 2001, il y a eu ruée car le système bancaire était moins bien bordé.

Le cas du Crédit Lyonnais

3.20             Le CL a été mis en quarantaine sur les marchés interbancaires. Il a ainsi dû liquider précipitamment certains actifs, sauf intervention publique.

3.21             Les autorités ont agi pour :

·          Minimiser l'impact politique

·          Résoudre le problème

·          Minimiser le coût pour le contribuable : ne pas lui faire payer l'erreur de conduite des dirigeants et actionnaires.

3.22             D'où, à travers la structure de défaisance et la vente d'actifs, un décalage d'un cran et un gain de temps en minimisant l'argent à verser du budget.

3.23             L'objectif a été de séparer la «bonne » de la « mauvaise banque » : découper les créances douteuses à l'actif pour permettre à la bonne banque de repartir correctement. Charger à l'inverse la mauvaise de la structure de défaisance.

3.24             Il s'agit de « titrisation » : la structure va émettre des titres obligataires, pour gagner du temps. Par exemple, pour un actif valant 100, on va espérer le revendre 30 ou 40 en profitant d'une bonne fenêtre de sortie. Il faudra rembourser 100 de toute façon.

3.25             A qui vendre ? L'Etat garantit le passif, et réglera la facture finale.

3.26             Cette solution a été inventée par l'Espagne, avec son « hôpital bancaire » dans les années 1970 et 1980. Les Espagnols y mettaient la banque (non découpé), maintenue jusqu'à sa revente. De même aux USA, la pratique a été définie lors de la crise des SLA, avec la « Resolution Trust Corporation » (RTC) de 1985.

3.27             On ne garde que les mauvais actifs, On veut vendre à des opérateurs acceptant de porter les risques résiduels (cela évite un équilibre sous-optimal, avec le blocage du marché).

3.28             La RTC a impliqué une facture de 650 MMUSD au minimum, 1100 MMUSD au maximum.

3.29             L'idée a été reprise en France avec les crises des CL et CF : le Consortium de Réalisation (CDR) pour le CL. Le CDR ferme actuellement, avec comme bilan une facture de 90 à 120 MMF. La facture de la crise aurait été bien supérieure en 1993.

3.30             Le Japon a essayé de résoudre la crise par à-coups. L'Etat n'a pas voulu investir d'argent, mais faciliter la vie des banques en changeant les règles comptables et fiscales :

·          Dettes

·          Provisions à constituer

3.31             Cela a aussi une incidence fiscale, semblable à une facture pour le manque à gagner (recettes fiscales).

3.32             D'où au Japon, en 1995-96, l'équivalent du CDR ou du RTC, car les autres solutions étaient insuffisantes. Les autorités chinoises font de même actuellement, pour préparer la privatisation des établissements.

La réglementation prudentielle

3.33             Dans les années 1930, on ne gérait pas les crises bancaires : cela entraînait chômage, etc. Le constat a été établi de la durée des crises et de leurs conséquences.

3.34             Il existait pourtant des réglementations, comme aux USA, afin d'intervenir dans la structure du marché bancaire : par exemple, limiter las conditions d'extension géographique pour les banques (règle différente selon les Etats), pour éviter qu'une banque ne devienne trop grande (à l'inverse du Sherman Act, une visée ici politique seulement). Il s'agissait d'un courant de pensée populiste, tourné contre les grandes banques.

3.35             La réglementation prudentielle débute (1933-35) avec le National Banking Act ou Glass Steagall Act (un chapitre). Elle marque la prise de conscience du coût macroéconomique : récession, chômage, troubles sociaux. Cette logique l'emporte sur le laissez-faire, de façon très radicale. Un autre changement réglementaire très fort est aussi apparu après l'affaire Enron, avec le Sarbanes Oxley Act.

3.36             Jusqu'en 1907, il n'était pas possible de conjurer les crises bancaires : on ne pouvait traiter la ruée, ou la crise de liquidité. Celles-ci étaient parfois fortuites, ou due à une raison précise, comme les difficultés de gestion des banques.

3.37             Très tôt, le RU a pensé qu'il était meilleur de conjurer les crises, car un choc macroéconomique n'est pas un mal nécessaire pour assainir. En conséquence, l'idée du prêteur en dernier ressort (PDR) est née : lender of last resort. Il consiste en un prêt d'une banque à ses consoeurs en difficulté, qui font face à un risque de liquidité. En effet, les crises bancaires peuvent contaminer l'ensemble du système.

3.38             Ex : crise aux USA de 1931-33, qui fut très sévère à New York car plusieurs banques en ont profité pour régler leurs comptes. Le gâteau a été partagé entre les survivants, mais ceux-ci risquaient de disparaître dans le futur par effet de contamination.

3.39             En 1797 au RU, Sir F. Baring a remis un rapport sur l'abandon de l'étalon-ot pour mener la lutte contre Napoléon, afin de donner une marge de manœuvre au pays. Il s'y prononce pour une gestion élastique du stock d'or britannique, avec une banque lâchant du lest lorsque le système est soumis à des tensions (convertir si la balance des paiements l'exige par exemple).

3.40             Quelques années plus tard, le terme est explicité par H. Thornton, banquier, parlementaire, et théoricien économique. En cas de tension l'intérêt collectif doit primer sur l'individuel. Une banque doit centraliser la réserve d'or et apporter autant d'or qu'il faut à la banque en difficulté. Cette idée a été reprise 50 ans plus tard, par W. Bagehot (1863, le fondateur de The Economist).

3.41             Dans les années 1850, la banque Baring comptait de riches clients déposants, et se refinançait sur les marchés monétaires. Elle subit en 1890 une crise, mais sans subir de ruée. La Banque d'Angleterre avait en effet agi en tant que PDR, pour la première fois.

3.42             L'idée a progressivement fait son chemin dans les pays industrialisés pour garantir la stabilité du système bancaire, sauf aux USA.

3.43             Il en va de même lors des bulles boursières ou immobilières. Pour les banques, cela génère une explosion des volumes de prêt, et une forte hausse de la prise de risque. Il s'agit alors d'une crise de bulle de crédit (immobilier ou boursier) comme ce fut le cas en Suède, Finlande, au Japon. Les banques prennent des risques croissants, sans le savoir.

3.44             Comment maintenir la stabilité du système bancaire, afin d'éviter des coûts sociaux et budgétaires ?

3.45             Pour les économistes, la stabilité du système bancaire est un bien collectif. La Banque Centrale produit l'ingrédient de la stabilité, comme l'usine Coca-Cola d'Atlanta produit l'ingrédient nécessaire à la production, sans réaliser l'embouteillage pour autant. Le bien produit par la Banque Centrale est la confiance, c'est un bien collectif intermédiaire (en vue d'un bien final : la stabilité).

3.46             Si les déposants se ruent, la Banque Centrale doit annoncer : « vous pourrez retirer autant que vous le souhaitez ». La ruée s'arrêt alors aussitôt. Ex : crise de la Baring de 1890, qui n'a duré qu'une journée.

3.47             On peut aussi assister à une situation de lifeboat, où la Banque Centrale intervient avec d'autres banques. Par exemple, fin 2006, le hedge fund Amarante s'est trouvé en crise, mais la crise est passée inaperçue car la Fed associée à quelques grandes banques l'ont gérée discrètement.

L'aléa moral

3.48             Y a-t-il conflit, au sens où une politique monétaire pour contenir l'inflation s'oppose à l'injection de liquidités Banque Centrale ? En réalité, non, car si la crise est bien gérée dès le départ, une injection minimale et la restauration de la confiance suffisent. Cela renvoie notamment à la théorie des anticipations rationnelles, avec les prophéties autoréalisatrices.

3.49             Comment dès lors contrer l'opportunisme des banques ? L'existence d'un PDR permet en effet de se couvrir. D'où des politiques à haut rendement et haut risque. Le gain sera privé en cas de succès (haut rendement), mais la perte pourra être supportée par tous via l'action du PDR. La parade réside dans l'ambiguïté constructive : La Banque Centrale, censée intervenir, nuance en effet son rôle : elle est un PDR sous condition, et peut laisser tomber une banque en difficulté.

3.50             Ex : 1974. Des crises bancaires survenaient en raison de la spéculation sur le marché des changes. La BC allemande a laissé tomber Herstatt, causant des dommages sur les banques américaines, ne pouvant récupérer les contrats sur le marché des changes (dont Herstatt était un acteur majeur). De même, Franklin National Bank voulait croître, et ne pouvait le faire à New York (concurrence d'autres banques comme Chase, etc.). Elle avait des activités en dollars avec des clients américaine, et avait donc choisi naturellement de s'étendre à Londres sur le marché des changes et les eurodollars. La Fed et le RU sont intervenus pour sauver Franklin National Bank, la 7ème banque américaine et une banque importante au RU, du fait de ses activités sur le marché eurodollar. Ils ont notamment apporté des garanties, un point important alors que les systèmes juridiques entre les deux pays diffèrent.

3.51             Ex : 1982. Banco Ambrosiano, la 5ème banque nationale et la première privée. Elle avait connu un développement rapide. La Banque d'Italie l'a laissée sans intervenir au prétexte de la holding située au Luxembourg avec des actionnaires des Iles Bahamas. Surtout, des faits suspectés de délinquance et de criminalité.

3.52             Ex : 1984. Les autorités ont nationalisé Continental Illinois.

3.53             Cependant, le grand nombre d'accidents créent une statistique, et une règle, celle du too big to fail. Une grande banque serait ainsi toujours sauvée par le PDR. La taille considérée est non seulement celle du bilan consolidé, mais aussi l'influence de la banque dans le système interbancaire. D'où un retour au problème initial, et une méfiance des autorités par exemple à propos des dossiers de fusions entre banques.

3.54             Pour reprendre la main, la Banque Centrale pourra surveiller avec des règles très strictes le comportement des banques. D'où la réglementation-surveillance. Il s'agit de se prémunir contre les comportements opportunistes du secteur. Une longue période a donc été nécessaire pour se convaincre de la nécessité du PDR.

Approche microéconomique des fondements de la réglementation

3.55             Deux raisonnements s'enchevêtrent.

La spécificité du dépôt à vue bancaire

3.56             Diamond et Dybvig (1983) : « bank runs ». Ces ruées sont dues à la spécificité du dépôt à vue bancaire (DAV). Celui-ci constitue la forme dominante de la monnaie actuellement, auparavant, la forme dominante était les pièces émises par le pouvoir.

3.57             Pour constituer de la monnaie, le DAC doit remplir deux conditions :

·          Etre remboursable au pair (à 100% de sa valeur)

·          Etre remboursable dans l'ordre de présentation au guichet de la banque.

3.58             Gurley et Shaw estiment que le DAV est un actif indirect, un contrat financier. On peut remarquer que le Livret A de la Caisse d'Epargne ne constitue pas de la monnaie, car il y a un préavis pour des retraits importants. Le délai joue donc sur la dimension « liquidité ».

3.59             Les comptes rémunérés existent désormais en France. Pourtant, ils ne constituent pas de la monnaie même si une CB est connectée au compte. Il s'agit d'une SICAV ou d'un FCP monétaire, avec carte de débit. Ainsi, si le client a déposé 1000, mais que le portefeuille de titres n'est plus valorisé que 960, le dépôt ne sera plus remboursable au pair.

3.60             A propos de l'ordre de présentation au guichet, les banques peuvent être victimes de ruées si les détenteurs de DAV demandent la conversion. L'un d'entre eux, à un moment donné, ne sera plus servi.

3.61             Voir Marcel Rist, Histoire des doctrines relatives à la monnaie et au crédit (1936) : les DAV ne sont pas de la monnaie, mais une représentation de celle-ci. Ainsi, par exemple, les pièces d'or et les billets sont des représentations garanties par l'encaisse d'or de la Banque de France. De même, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie : la monnaie ne va pas de soi. Elle est une convention sociale qui ne tient que si les deux conditions sont respectées. En outre, on risque de saturer la 2ème contrainte (conversion dans l'ordre de présentation) en respectant la 1ère (100% convertis).

3.62             Un problème se pose si la banque est malsaine. De même en cas de rumeur, potentiellement malveillante. La défiance peut porter seulement sur le risque de signature de la banque. Par exemple, dans les chambres de compensation : 2 billets de 10 USD ne se traitent alors plus au pair, l'un à 9.50 USD, l'autre à 10 USD.

3.63             Ex : Hong-Kong. Il n'existait pas initialement de banque centrale, mais deux banques à privilège d'émission : HSBC, et Standard & Chartered. Dans les années 1980 cependant, des rumeurs sont nées sur S&C. Alors, les billets ont été décotés, et les autorités sont intervenues.

3.64             Certains penseurs libéraux rêvent de déconnecter la création de monnaie du financement de l'économie. En effet, les DAV abondent le passif des banques, alors que les crédits sont inscrits parmi leurs emplois (actif). Si les crédits se détériorent, alors des provisions sont inscrites, puis des pertes, qui consomment le capital. Ainsi, Rodbar propose cette déconnexion, avec des banques émettrices avec de la monnaie gagée à 100% sur de la dette publique perpétuelle. D'autres institutions collecteraient de l'épargne, même à court terme, pour financer le système. Dès lors, quelle que soit la destination des crédits, le passif verrait sa valeur inaltérée. Rodbar pronostique alors la fin des ruées minant le crédit, et la fin de l'impact négatif des mauvais crédits sur le passif (DAV).

Les ruées bancaires sont des phénomènes rationnels

3.65             Quand les uns s'agglutinent, il est rationnel que d'autres les imitent. Nous sommes en effet dans un univers d'information incomplète est asymétrique.

3.66             Les ruées sont contagieuses : une banque seule est rarement touchée. Ex : les USA au début du XXe siècle, ou la crise de 1931-32.

3.67             Faut-il souhaiter un « monitoring délégué des risques » ? En effet, les agents ne surveillent pas leur banque, alors qu'ils le devraient. Ils ne le font pas pour les raisons suivantes :

·          Le coût du monitoring est trop élevé face à la perte encourue de son dépôt (en particulier pour les petits et moyens déposants). Alors que ce coût fixe est élevé, la probabilité de défaut est très faible. Sur un DAV de 2000€, avec une probabilité de défaut de 1%, la perte encourue est en effet de 20€ seulement.

·          Les agents n'ont pas intérêt à le faire, car l'information privée dégénère facilement en connaissance commune.

3.68             La connaissance commune est constituée par ce que chacun peut savoir, moyennant un coût minime. C'est le cas de l'information ambiante. En revanche, l'information privée est longue à extraire et fastidieuse.

3.69             Or si un déposant découvre des informations privées alarmantes sur les comptes de la banque, il va en informer ses amis. Si ces 50 personnes retirent, elles créent un signal, et l'information devient immédiatement de la connaissance commune.

3.70             Ainsi la bonne attitude consiste à adopter un comportement de passager clandestin. Ex : les initiés dans l'affaire EADS sont passés très vite de 4 à plusieurs centaines.

3.71             Comment se comporter dans le brouillard ? Ex : sur une autoroute, considérons un conducteur attentif. Il est soudain doublé par un bolide ; la réaction la plus fréquente est que le conducteur prudent prenne confiance dans le conducteur du bolide, et suive à grande vitesse. D'autres suivent bientôt, en convoi. Or le premier se sent suivi, et accélère à son tour. Lorsqu'il croit avoir vu un obstacle, il freine brutalement, et génère un carambolage.

3.72             Il en va de même dans le monde bancaire : dans une banque A, 2 clients se ruent au guichet. Ils incitent autrui à ne pas trop traîner, et à les suivre. Cela entraîne une « ruée d'initiés », et par suite des paniques autoréalisatrices. Le courant se propage aux clients des autres banques B et C, qui se méfient du fait du comportement des clients de A. Afin de conjurer ce phénomène, la Banque Centrale (voir Thornton et al.) aide la banque A en difficulté. Ce fut le cas pour la Baring en 1890, avec la Banque d'Angleterre.

3.73             On retrouve cependant le même cercle vicieux que précédemment : la Banque Centrale vise la stabilité du système bancaire britannique et mondial ; cependant, il y a aléa de moralité ; la Banque y répond par une ambiguïté constructive ; cependant, la banque concernée est too big to fail ; alors, la Banque réagit via la réglementation-surveillance.

Les faillites bancaires et la rupture du mécanisme des paiements

3.74             Les DAV sont transmis aux banques, qui gèrent le système de paiement (SP). Elles permettent par exemple que la monnaie éteigne les dettes des transactions réalisées par chèque, ou CB. Une infrastructure est nécessaire pour cela, le SP, gérée par les banques. Son bon fonctionnement n'est pas évident : récemment, dans quatre départements, des achats de Noël réalisés via une CB Visa ont été débités deux fois à leurs détenteurs.

3.75             Au centre de tout SP se trouve une chambre de compensation (clearing house). On y compare par exemple les chèques SG et les chèques BNP. De même pour les billets. Des chambres de compensation se trouvaient en France dans chaque département initialement, tenues par la Banque de France. Il existait un équivalent identique pour toutes les chambres, la monnaie Banque Centrale.

3.76             Depuis 25 ans, la sphère financière a gonflé, avec la croissance des opérations sur les marchés monétaires ou de dérivés. Cela induit la nécessité d'organiser le règlement de ces opérations, et leur croissance peut poser des problèmes au SP. Il existe un SP pour les petits montants, et un pour les gros :

·          Petits montants : particuliers, entreprises. Ce sont les opérations de la sphère réelle essentiellement. Le SP est net et en temps discret. Ex : lors d'une séance de compensation (temps discret), on règle les soldes nets (après soustraction des sommes dues et à percevoir entre les contreparties), une fois pour toutes.

·          Gros montants : ils correspondent au développement des marchés de capitaux et de dérivés. Le risque est qu'une banque peut se révéler incapable de tenir son rôle au sein du système. Du fait de l'interconnexion du système d'information actuel, si un participant est défaillant, c'est tout le SP qui peut être remis en cause. Il peut s'agir de règlements bruts (sans soustraction des sommes dues et à percevoir entre contreparties) et en continu. Il faut donc régler ses achats immédiatement, avec deux flux permanents en sens opposé pour éviter l'empilement des montants.

3.77             Les Banques Centrales veillent en permanence au bon fonctionnement des SP. Ex : le 11 septembre, la Fed, pressentant des difficultés potentielles pour la Bourse, a déclaré agir au besoin en tant que prêteur en dernier ressort. Si des banques sont atteintes, elle annonçait intervenir de toute façon pour fournir la liquidité en cas de défaillance.

3.78             De même en cas de panne du système d'information, les réseaux des banques convergent vers celui de la Banque Centrale. Il y a risque d'effondrement des SP en cas de défaillance. Ex : Russie, à l'été 1998, où l'économie est revenue au troc en partie. Comme les banques ne pouvaient convertir les dépôts en monnaie, des bons (« vouchers ») ont été émis, donnant droit à acheter des biens ou services (chaussures, billets d'avion, etc.). Par un jeu d'endossements successifs, ils ont alors joué le rôle de billets, mais de façon sous-optimale.

3.79             Ainsi, les grands pays industrialisés sont très vulnérables au regard de leurs mécanismes de paiement. Ceux-ci représentent un fort coût.

Pourquoi empêcher les ruées bancaires ?

3.80             L'objectif est d'éviter la destruction du stock d'informations privées nécessaires au crédit. Certes, la ruée agit sur le DAV donc sur le passif, et non sur l'actif, où se trouvent les crédits.

3.81             On revient ici à l'idée du monitoring délégué des risques : un stock d'informations privées, accumulées par les banques précisément. Or des banques faisant faillite ne peuvent livrer l'information aux banques restantes. Dans ce cas, les successeurs prendraient des risques inconsidérés. L'information privée accumulée sur les clients est en effet non cessible. Cela induit une réduction des octrois de crédit aux entreprises, selon les idées des monétaristes (Friedman, Schwartz[7] ).

3.82             Ex : crise des années 1930 aux USA. On estimait que cette crise avait duré du fait d'une politique monétaire aberrante. Le système bancaire fédéral restreignait en effet involontairement les agrégats monétaires. Ben Bernanke a livré une autre interprétation : la crise n'est pas seulement due à des phénomènes monétaires et liés au passif des banques [8], mais aussi au monitoring délégué des risques. Plusieurs milliers de banques avaient disparu, avec une réduction significative du crédit. Les entreprises clients avaient donc été maintenues aussi dans leurs difficultés. La Fed s'ajustait aux évolutions de masse monétaire constatées : la monnaie était donc un sous-produit de l'octroi de crédit.

3.83             Ex : crises au cours des 10 à 15 dernières années, avec une très forte réduction de l'octroi de crédit. Les petites banques font faillite. Au Japon, dans les années 1990, les grandes banques étaient en survie artificielle et ne voulaient pas prendre de risque de crédit. Elles géraient les créances douteuses. De nombreuses banques locales ont disparu, augmentant le marasme de l'économie japonaise.

3.84             Il faut remarquer qu'il existe une limite à la concentration : la stabilité des SP. En effet, si les banques sont très concentrées, à la fin de la compensation, un plus grand nombre d'entre elles sont susceptibles d'être débitrices (ou créditrices) nettes, pour de plus gros montants. Cela peut s'avérer plus risqué à gérer pour le SP. Par exemple, s'il existe 100 banques, 55 seront débitrices et 45 créditrices nettes, avec de plus petits montants que s'il en existe 10 seulement au total, dont 6 débitrices et 4 créditrices nettes.

Les formes de la réglementation

Le contexte réglementaire des USA dans les années 1930

3.85             Les USA ont connu une grande vague réglementaire, dans les années 1930. Le corpus de réglementation a été largement étendu, en réaction à la crise bancaire de 1931-33 qui avait frappé aussi l'Autriche (crise de la Kreditanstalt) puis l'Allemagne, le RU et donc les USA.

3.86             Les autorités ont alors estimé qu'une concurrence destructrice était à l'origine des maux du secteur bancaire[9] . Celle-ci aurait poussé les banques à mal agir. Les marges d'intermédiation étaient en effet écrasées par la concurrence, et il y avait surenchère sur la rémunération des dépôts. Or des crédits tarifés très peu cher attirent les emprunteurs risqués. En outre, les banques se tournaient vers des activités « extraordinaires », risquées et très rémunératrices (spéculation sur la Bourse, ou sur les matières premières).

Mesures adoptées

Barrières à l'entrée

3.87             Les autorités ont voulu réguler le nombre de participants, au-delà des régulations naturelles (économies d'échelle, accès aux technologies). Des restrictions existaient déjà à l'entrée cependant.

3.88             Les activités bancaires étaient alors essentiellement des activités de main d'œuvre, sans barrière technologique. Les barrières ont été plutôt réglementaires. Ex : capitaux propres minimaux pour solliciter une licence.

3.89             Les autorités ont renforcé la fermeture du système bancaire aux investisseurs étrangers. Certes, les banques étaient historiquement actives dans le commerce international et le change, d'où de forts liens avec l'étranger. Mais par une limitation du nombre de licences, ou l'encadrement du volume d'activité domestique autorisé, l'importance de l'étranger a été réduite.

3.90             Cette analyse est fragile : l'intensité de la concurrence n'est pas proportionnelle en effet au nombre de joueurs. En outre, l'activité bancaire a toujours exigé une mise minimale de fonds propres.

3.91             Les discriminations vis-à-vis des étrangers ont disparu, pour des raisons extra-bancaires toutefois, dans le cadre des négociations devant le GATT (OMC) lorsque les services et les produits agricoles ont été introduits dans les discussions. Les membres ont alors été contraints de libéraliser les services financiers, sans discrimination à l'encontre des étrangers. De même, une contrainte réglementaire de l'UE (Directive de 1989 sur les services bancaires) a entraîné une évolution identique en Europe.

3.92             Pourtant, les USA avaient été longtemps réticents à structurer et réglementer leur secteur bancaire. La Fed avait été créée en 1913 seulement. Brutalement, le pays est passé à l'extrême inverse, avec une réglementation très complète par rapport aux autres pays à cette époque.

Délimitation du champ d'activité dans le domaine financier

3.93             Plusieurs segments ont été isolés dans le secteur financier :

·          Caisses d'épargne. Il ne s'agissait pas exactement des banques de dépôt : elles visaient à protéger la petite épargne, aider un ménage à accéder au logement, etc. Ex : « savings and loans » aux USA., banques mutualistes en Allemagne et Europe centrale, ou « building societies » au RU.

·          Assurances. Leur activité dommages a été isolée, puis Assurance Vie.

3.94             Dans le secteur bancaire, il y avait :

·          Wall Street (investment banls, maisons de courtage). Ces établissements réalisaient le placement des emprunts, leur montage, etc.

·          Les grandes banques de dépôt, comme Citibank

·          Une combinaison des deux activités, comme JP Morgan (IB, banque de crédit et banque de dépôt à la fois), Mellon

3.95             Or la crise des années 1930 a montré qu'une bulle spéculative avait gonflé d'autant plus que la politique monétaire était mauvaise, et que les clients des banques y allaient à la fois pour leurs ordres d'achat (division marché, rémunérée par des commissions) et pour emprunter l'argent nécessaire (division crédit, avec des prêts gagés sur des titres). Un conflit d'intérêt clair était ainsi apparu.

3.96             En conséquence, le Glass Steagall Act (GLA, 1933) dispose qu'une banque est soit de dépôt soit de marché (investissement, courtage, etc.). D'où la scission de JP Morgan en 1933 :

·          JP Morgan, banque de dépôt

·          Morgan Stanley, banque de marché

3.97             La définition de banque de dépôt est très stricte en outre : pas de crédit spécialisé (crédit bail, affacturage, etc.) notamment. Dans les années 1940 et 1950, les banques ont contourné la difficulté en construisant des holdings financières pour contrôler ce type d'activités interdites sans en avoir la possession formelle.

3.98             Les activités d'assurance doivent être distinctes des activités bancaires également (d'où le récent procès Executive Life ayant impliqué le Crédit Lyonnais et PPR).

3.99             De même, les activités industrielles et de commerce et les activités bancaires doivent être séparées. s

Section 4        Modèles de réglementation

4.1                Glass-Steagall Act : séparation des activités de banque et assurance, et des activités de marché et liées aux marchés de capitaux.

4.2                Un modèle imposé aux Japonais en 1948, convertissant les anciens groupes transversaux japonais.

4.3                UK : séparation de toujours entre les métiers bancaires et financiers. Les Allemands, à l'inverse, ont toujour fonctionné sur le modèle de la banque universelle, sauf l'assurance et le crédit hypothécaire (paradoxalement). Des banques hypothécaires par ailleurs. La banque universelle est un actionnaire de référence dans les groupes, compte tenu des actions qu'elle détient. Elle gère aussi la fortune des autres administrateurs des entreprises. Des phénomènes de collusion entre le système bancaire et le fonctionnement des CA.

4.4                Les exigences de fonds propres existent toujours, mais les restrictions vis-à-vis des étrangers ont été abolies du fait de l'adhésion à l'OMC : services bancaires et financiers mis à l'ordre du jour des accords. D'où une ouverture vis-à-vis des acteurs étrangers (banque, bourse, assurance). Dans les espaces économiques régionaux, des réglementations spécifiques également pour un comportement neutre face aux opérateurs étrangers ou nationaux. Avec la 2ème Directive de 1989 : passeport européen bancaire, où une banque est habilitée à opérer sur l'ensemble du territoire de l'UE.

Séparation des activités

4.5                En novembre 1999, fin du Glass-Steagall Act de 1933-35.

4.6                Qu'en ont fait les banques ? Depuis 25 ans, une guerilla permanente à l'encontre du GSA, de la part des banques de dépôt (commercial banks comme Citi, BoA, etc.) qui voulaient entrer dans le secteur plus lucratif de l'IB (activités de marché). Car sur ce secteur on trouvait le plus de besoins (Etat : explosion de la dette et donc des marchés obligataires, de même qu'explosion des junk bonds). En outre, avec les exigences de fonds propres rendait difficile l'action des banques de dépôt.

4.7                Stratégie : attendre que quelqu'un se plaigne, tout en se lançant dans une activité typique des marchés de capitaux: "nouveau, et rien ne dit que cela nous est interdit". Procès devant les instances de régulation. D'où les commercial banks ont fini par empiéter sur le domaine des IB.

4.8                Aujourd'hui, les plus grands seuls peuvent tout faire: Citibank (Citigroup) :

·          Citibank

·          Salomon Brothers (activités de marchés de capitaux, comme les titres)

·          Travellers : services financiers à la personne, dont : assurance, crédits spécialisés, etc. L'ordinateur à 1€ par jour par exemple.

4.9                D'autres pourtant se replient actuellement sur un métier : la banque monoline

4.10             En Europe, le modèle dominant devient celui de la banque universelle allemande. Le passeport unique de 1989 prévoit que les acteurs pourront adopter cette stratégie s'ils le souhaitent. Elle s'est imposée comme modèle dominant auprès de tous les pays.

4.11             En France, loi de 1941-45 pour séparer banque de dépôt de banque de crédit à MT et LT, d'activités d'assurance et de banque d'affaires (merchant banks type UK, IB type US, et fonds d'investissement). Prendre 20 à 30% d'une entreprise, et conserver cette participation en étant actif (non sleeping partner). Enfin sortir sur le marché et trouver un repreneur. Ces fonds ont existé en France comme ils ont existé aux US, de même que boule lyonnaise et bowling. La Banque de Paris et des Pays-Bas comptait ce métier de "fonds" parmi ses trois métiers de base, depuis longtemps.

4.12             UK : métiers bancaires séparés. Ils ont évolué vers le conglomérat financier à partir des années 1980. Fédérer le conglomérat, autour des grandes banques de dépôt. Puis agrégation d'une merchant bank, rachetée parmi ce que les Allemands avaient laissé (d'où Dresdner sur Kleinworth, ou DB sur Morgan). Ils ont aussi agrégé des maisons de courtage (brokers) et des contrepartistes (jobbers). En outre, des filiales spécialisées (leasing).

4.13             Pour une banque universelle (BNPP, CA-CL), il y a une volonté d'intégration pour faire jouer des synergies, à l'allemande. A l'inverse, le conglomérat financier est une forme contractuelle plus souple. Depuis 3 à 4 ans, quelques dégagements, comme Barclays pour certaines de ses activités : financement spécialisé. Barclays n'a alors qu'à vendre sa filiale, et tout est réalisé.

4.14             Ainsi, pour une banque, la séparation des activités est de plus en plus désuète. Ce sans parler des mariages banque-assurance, ou des liens banque-industrie : ces derniers liens se sont reconstitués, non forcément à travers des prises de participation (les banques allemandes se désengagent de l'industrie depuis 2 à 3 ans). Mais à travers des filiales spécialisées (capital-risque, fonds d'investissement).

4.15             Eviter la concurrence destructrice

Plafonnement des taux d'intérêt sur les dépôts

4.16             Tirer la leçon des années 1920 : d'où le plafonnement de la rémunération des dépôts (taux d'intérêt sur les dépôts).

4.17             Aux US, la concurrence avait été féroce pour attirer les déposants, au détriment des voisins. Si un plafond, cela évite la concurrence destructrice. On peut également rester en deçà du plafond, et si l'un exagère tous vont au plafond.

4.18             Le plafond tient compte des conditions macroéconomiques et de l'équilibre sur les marchés de capitaux : ajusté par les autorités réglementaires. Il vise aussi à laisser une marge de manoeuvre aux banques, qui en laissent elles-même. Taux d'équilibre à 4, plafond donc à 4.5%, mais les banques restent à 4.0% aussi, car inutile d'aller toutes à 4.5%.

4.19             C'est la Réglementation Q, éditée par la Fed (non une loi).

4.20             Tous les pays l'ont adoptée, d'une façon ou d'une autre. Ils avaient tous dû souffrir les dérèglements de la concurrence sur les dépôts entre les deux guerres.

4.21             Pierre angulaire : non rémunération des dépôts à vue, le plafond est donc nul.

4.22             L'inflation réapparaît aux US à partir du milieu des années 1960, et culmine au tournant des années 1970. La tentation des autorités monétaires était de faire jouer à ces plafonds aussi un rôle en matère de politique monétaire.

4.23             Quand les plafonds étaient atteints, si le taux de plafond est de 4%, et que le taux sur les bonds du Trésor est à 4%, les banques reversent 4.25% sur les dépots à vue : tout va bien. Mais si les taux sur bons passent à 5%, les banques ne peuvent appliquer leur prime de risque de 0.25% et perdent des dépôts : désintermédiation. Les grands déposants prennent plutôt des bons du Trésor, et les banques ralentissent leur octroi de crédit. D'où les autorités sont tentées de ne pas relever assez vite les plafonds de taux, et faire jouer ce mécanisme de désintermédiation. Résultat: lorsque les acteurs ont appris à contourner les contraintes de la réglementation, celle-ci devient obsolète. A partir de 1982, et quelques années de lutte autorités monétaires/système financier, les autorités décident d'abolir, graduellement, les plafonds : d'abord les dépôts de plus de 10 millions de dollars, puis ceux de plus de un an, etc. En effet, cela pose un problème d'adaptation des bilans et des comptes bancaires. Des prix encadrés redeviennent libres en effet, d'où des problèmes du côté coûts (alors qu'évolution des recettes plus stable). Alors effets de ciseau : les coûts ordinaires excèdent les recettes ordinaires.

4.24             Au Japon, évolution de la réglementation correspondante (QAE) sur au moins cinq ans.

4.25             D'autres pays ont été plus lents. En France, longue résistance sur la non rémunération des dépôts à vue. Le Livret A demeure, mais tout a été libéré à présent. Cependant, en théorie monétaire, quelle opportunité de rémunération de la détention majoritaire de monnaie. La monnaie est intrinsèquement porteuse de services (de paiement, etc.). Sa commodité n'est-elle pas une rémunération ? Ainsi les banques peuvent rémunérer les DAV mais faire payer les services de paiement, une situation payante pour les usagers. Le coût de traitement d'un chèque est de 0.75€ environ.

4.26             Cartes de distributeurs (ex Pass). On peut régler ses achats directement, mais le compte n'est pas à vue, mais un FCP de CT. Ainsi, si la Bourse s'effondrait, le compte Pass serait vide. En revanche, un DAV est remboursable au pair quoi qu'il arrive.

4.27             Le Livret A des Caisses d'Epargne est en revanche garanti par l'Etat, avec un fonds de garantie pour l'épargne des particuliers. La dîme d'un protecteur ?

Coefficients de bonne gestion

4.28             Un titre évocateur, comme la cuisine bourgeoise ! Tout agent en recherche de pérennité doit pourtant bien gérer.

4.29             Ces coefficients se déploient dans deux directions :

Liquidité de la banque

4.30             Le dépôt à vue (DAV), remboursable au pair dans l'ordre de présentation au guichet. La crise de liquidité est possible ici (rumeur malveillante par exemple). Alors, la conversion du DAV ne peut plus être assurée dans la forme de monnaie préférée des agents (de la monnaie BNP à la monnaie BCE !).

4.31             Une banque bien gérée doit prévoir les retraits effectués chaque jour par les déposants. Pourtant, les retraits peuvent être très fluctuants : lors du passage à l'euro, à quelle vitesse les agents allaient-ils retirer ? Au niveau global, le trésorier doit en permanence évaluer les besoins.

4.32             Une banque bien gérée doit aussi avoir des actifs liquides parfaitement sûrs et mobilisables, avec une perte en capital nulle : se constituer un volant de titres du Trésor. Ex : au début du Xxe siècle, les banques britanniques avaient des traites de commerce international à trois mois, sur le marché londonien très liquide, surveillé par la Banque d'Angleterre, et accceptées par les meilleures merchant banks. Les mauvais banquiers n'avaient pas à l'inverse ce volant de liquidité.

4.33             Pour éviter les crises de liquidité, les autorités ont donc imposé à tous ce volant. Toute réglementation est le prix payé par les bons pour le mauvais comportement des mauvais. La réserve supplémentaire est donc obligatoire, et gérée par un tiers (comme la banque centrale). Des réserves obligatoires fortes sur les DAV (risque le plus fort), puis de moins à moins à mesure que le terme augmente.

Solvabilité

4.34             Une crise peut être issue d'une crise de liquidité, ou issue de rumeurs sur la gestion de la banque.

4.35             Ce qui compte ici est le ratio de fonds propres : un banquier scrupuleux doit se préoccuper de la solidité de son bilan, donc de ses fonds propres. Mais des mauvais banquiers peuvent adopter des comportements opportunistes (aléa de moralité, etc.).

4.36             En observant les banques qui ont fait faillite, et en les comparant à celles qui ont survécu, les premières sont généralement les moins capitalisées, même s'il y eut des exceptions.

4.37             Il faut donc obliger les banques à avoir une structure de fonds propres minimale, sans le laisser à l'initiative de l'entrepreneur. Pour le calculer, il faut déterminer ce que sont les fonds propres. Puis diviser par le total du bilan, très simplement.

4.38             Des évolutions ont cependant eu lieu en la matière depuis une vingtaine d'années. Alors que le dispositif sur les séparations d'activités, l'accès des acteurs étrangers, les plafods de rémunération des dépôts, le régime des réserves obligatoires (réduction, et rémunération des réseves), ont tous été restreints (déréglementation), en revanche les exigences de fonds propres ont été renforcées et sophistiquées.

4.39             La réglementation bancaire semble aujourd'hui reposer sur le pilier majeur des critères de solvabilité (ratio de FP, et mesures liées).

4.40             Depuis la deuxième moitié des années 1970 seulement, on voit réapparaître des crises bancaires. Elles sont ponctuelles (une seule banque est touchée), car les autorités interviennent comme prêteur en dernier ressort et créent un périmètre de sécurité autour de la banque en faillite. Certaines sont en outre abandonnées par le PDR.

4.41             Dans les années 1980, des faillites généralisées : caisses d'épargne US, banques scandinaves, banques françaises. D'où on s'interroge sur la solidité des banques, et intérêt pour le ratio des FP.

4.42             Cependant, à la fin des années 1970, nous sommes en période de concurence éffrénée sur les marchés de capitaux, et avant la crise mexicaine de 1982. Des eurocrédits à moyen terme (15-18 ans), pour des volumes unitaires très forts, et avec une concurrence effrénée et destructrice : les marges au-dessus du coût du refinancement bancaire (charges d'exploitation courantes de la banque + prime de risque de défaut de l'emprunteur) sont donc trop faibles.

4.43             La concurence destructrice était aussi déloyale : certaines banques accordaient des prêts à des taux auxquels les autres acteurs ne pouvaient s'aligner. Les banques japonaises (marché des eurodevises, dont les eurodollars) en particulier, atteignant 35% des encours, devant les américains. Les banques françaises, notamment nationalisées, et les banques publiques allemandes (Länder) étaient ausis impliquées. Comparées à des banques américaines ou britanniques, elles étaient notoirement sous-capitalisées : des ratios de FP de 2 à 2.5% seulement (mais capital illimité, car nationalisées). L'Etat s'engageait à jouer son rôle de pompier.

4.44             Pour les banques japonaises, difficile, car les zaibatsu étaient devenus des keiretsu : des conglomérats industrialo-financiers, devenus plus subtils dans leur structure (jungle de participations croisées). Chacun actionnaire, pour des petits paquets : la banque détient 12% du groupe industriel, qui détient 5% d'une filiale, elle-même actionnaire d'une banque, etc. Elles devaient cependant travailler avec des ratios de l'ordre de 2% environ.

4.45             Si l'on n'arrive plus à exploiter des différentiels de coût, car à l'époque peu d'externalisation possible (par exemple aujourd'hui back office vers l'Inde),  alors l'écart peut venir de la réglementation du fait de l'existence d'une taxe réglementaire. Dans un pays, si la réglementation est moindre, le taux de taxe réglementaire est moindre également.

4.46             A cette époque, les banques américaines entrent dans une ère nouvelle : les actionnaires se réveillent, et exigent des ratios (12% ou dehors !). Les premiers raiders apparaissent à la fin des années 1970 : Carl Icahn, Kerkorian, etc. Les autorités comprennent aussi qu'il faut être vigilant : Continental Illinois, 1984 ; crise mexicaine, 1982. Tout concourt à posser à la hausse des ratios de FP de 10%.

4.47             Si ratio de 10%, et actionnaires demandent une rémunération de 15% des FP. Alors si 100 de crédit, 1.5 de marge doit être réservé aux actionnaires. Donc TMM + 1.5% pour rémunérer les actionnaires.

4.48             Une banque japonaise : 2.5% de FP, rémunérés à 2%. Alors pour 100 de crédit, 0.05 doit être réservé aux actionnaires. Donc TMM + 0.25% !

4.49             En France : l'Etat prenait des impôts au besoin chez les banques ; en 1976, une grande sécheresse (récoltes gâchées), d'où un "impôt sécheresse", et le plus gros contribuable français a été la Banque de France cette année-là. Sinon, l'Etat était peu exigeant. Les banques sur les marchés de capitaux, au début des années 1980, étaient donc peu inquiétées par les exigences de rentabilité pour les actionnaires.

4.50             En termes de règles comptables, des situations également différentes, et une autre taxe réglementaire. 1982, crise mexicaine : les créances douteuses s'accumulent, et le problème du régime des provisions se pose. Dans quelles circonstances, à quelle hauteur, quand le traduit-on en pertes, et quelle fiscalité sur les provisions ? Les Européenns étaient très avantagés sur ce point, et les contribuables payaient les erreurs des banquiers. A l'inverse, aux USA, les règles laissaient plus d'exposition aux banques. Lorsde la crise, les banques américaines, qui n'avaient aucune incitation à provisionner le plus vite au plus possible (en France provisions jusqu'à 50%), avaient préféré attendre.

4.51             Or les banques américaines étaient des vraies banques capitalistes, à l'inverse des banques européennes ou japonaies : leur cours de Bourse n'avait pas celui de Citibank, ou de Chase, etc.

4.52             Dow Jones, et indice des valeurs des plus grandes banques : Chase, BoA, Citi. Alors les marchés considéraient les banques comme peu attractives, et elles sous-performaient par rapport à l'indice général. Les banquiers se contortionnaient en effet (provisions), en raison de la crise de 1982. Les marchés atteindaient qu'ils fassent le ménage, ou qu'ils se recapitalisent. Même en affichant 6%, les pertes latentes auraient pu consommer trois fois les fonds propres. Or en 1987, le Président de Citicorp a annoncé que les provisions pour le T1 1987 allaient être de 3 MMUSD, et les pertes du T1 de 1.7 MMUSD. Un bilan de 140 MMUSD. Tous les autres dirigeants ont annoncé le même ordre de grandeur de provisions dans la foulée. Les cours des actions à la Bourse. Le cours de Citi, et des autres, a donc augmenté : opération "bilans propres" sous la contrainte du marché. Celui-ci a donc joué un rôle de régulation.

4.53             Les américains travaillaient avec des règles de ratios de FP très stricts, et s'étaient dégagés des marchés de capitaux internationaux, mais il y avait un biais : eles retardaient au mieux leur inscription de provisions, et le marché s'érigeait en sanction à leur encontre. Un nettoyage brutal du bilan en avril 1987. Par la suite, elles ne sont jamais réengagées dans les opérations de prêts internationaux à nouveau.

4.54             Cela était aussi une preuve flagrante des écarts de réglamentation : ceux s'efforçant d'être vertueux n'étaient pas mieux récompensés que les autres.

4.55             Les ratios de FP sont devenus plus centraux, et sophistiqués, que précédemment. Un ratio élevé est un gage de solidité de la banque certes ; cependant, les écarts de ratios conduisent à de la concurrence déloyale entre banques, entre anglo-saxons et japonais/européens notamment. D'où l'élaboration des ratios Cooke, par la BRI.

4.56             Depuis 1974, la BRI a un comité de réflexion sur la surveillance bancaire (après la petite crise financière) : comment améliorer la stabilité internationale ? Une banque des banques centrales, par qui les BC passent parfois pour mener des actions coordonnées au niveau international (Bundesbank, BdFrance ensemble par exemple). Elle a fourni des liquidités au gouvernement mexicain en 1982, qui lui venaient de BC nationales. Elle élabore alors le ratio Cooke (Pdt du Comité). En 1985, premières esquisses ; il est lancé en 1988, et fonctionne à plein en 1992. S'adapter progressivement à ce ratio de 8% des FP. Un taux de 8%, élevé, mais peu pour les bonnes banques américaines.

4.57             Les Américains avaient aussi l'intention d'en profiter face aux Japonais, de même que lors des négociations très âpres sur les changes (accords du Louvre, accords du Plaza).

4.58             Or les japonais étaient réticents à accepter un tel ratio FP/capitaux, de même que les Français.

4.59             Ratio : Fonds Propres de niveau 1 (Tier 1) + de niveau 2 (Tier 2) / somme des actifs pondérée par les coefficients de risque.

4.60             D'où négocier, selon les marges de manoeuvre au numérateur et au dénominateur.

4.61             Au dénominateur : Ce n'est pas la somme des actifs (le bilan) simplement, car on veut examiner la qualité du bilan de la banque : des obligations de Suisse (coeff de 0.1) sont moins risquées qu'un prêt à une PME russe (coeff de 1 !). Les banques ainsi visées étaient les grandes banques actives internationalement : Citi, Fuji Bank.

4.62             Au numérateur : discussion plus âpre, car marges plus grandes. Tier 1 : du capital libéré et ses équivalents. En outre, Tier 2 ne pouvait excéder 50% du numérateur. A donc été utilisé à sa saturation, à 50% ! Problème des variétés de provisions, avec les européens très sensibles sur ce sujet. En outre, obligations perpétuelles subordonnées à classer. Enfin, plus-values latentes, un autopiège pour les Japonais : grands portefeuilles de participation détenus dans l'industrie. Si on évalue au coût historique, et que l'on compare à la valeur de marché, des plus-values latentes (ou moins-values) apparaissent. Lorsque la Bourse japonaise montait (d'où fortes plus-values), les Japonais ont voulu intégrer les plus-values. En échange de la possibilité laissée aux autres d'utiliser au maximum les provisions. La soupape de sécurité politique.

4.63             Le ratio Cooke a non seulement des vertus de solidité des banques, mais aussi d'égalité des conditions de concurrence. Mettre de l'ordre dans les contraintes réglementaire. Mais qui doit sanctionner ? Les autorités de tutelle nationales, pour faire respecter le ratio Cooke chez elles. Si elles sont insuffisamment actives, la "justice" du marché veille aussi. Alors, sur un ratio insuffisant, et comme les banques ont été privatisées et ont des actionnaires exigeants (rentabilité attendue), le cours de Bourse peut s'effondrer.

4.64             Selon des auteurs, la crise des années 1990 a été renforcée par les mesures de rétorsion appliquées à leur économie dans les années 1980. En outre, la Bourse de Tokyo s'écroule en 1990, et apparition de moins-values. Les banques japonaises ont dû régler un problème de ratio Cooke toujours plus difficile dans les années 1990, même s'il restait à 8%. Elles ont ajusté le dénominateur, en prêtant de moins en moins (le numérateur était en réduction lui-même).

4.65             Une vision britannique en faveur de l'auto-réglementation (tradition des clubs). Ici, cela va plus loin : le marché de 1987 a obligé les banques américaines à mettre de l'ordre. Rétrospectivement également, un thème en vogue (au même titre que la gouvernance) a été l'"introduction d'une discipline de marché".

4.66             Aujourd'hui, les banques sont surtout privées, et face à des actionnaires institutionnels exigeants. Les instances de réglementation réglementent et surveillent, mais de toute façon, en permanence, les marchés peuvent sanctionner des mauvaises pratiques à travers les cours de Bourse des banques concernées.

4.67             Cela va aussi au-delà : obliger les banques à émettre des instruments de dette sensibles à la qualité de signature de la banque. Ex : dette subordonnée. Cela permet aux marchés de donner des signaux si les banques pratiquent une mauvaise gestion.

4.68             Après le ratio Cooke, il a fallu penser à son successeur. Les régulateurs sont aussi entrés dans la logique industrielle de la production de normes réglémentaires. D'où le ratio Bâle II, plus sophistiqué. Pdt succédant à Coole, McDonough.

4.69             Les banques s'adaptent, d'où un aléa de moralité. Elles ont parfois prétendu changer l'interprétation des règles. Par exemple, une conséquence de Cooke a été les dérivés (hors bilan). D'où un protocole annexe de Cooke, prenant en compte sous conditions certaines activités sur dérivés.

4.70             De même, une réponse a été la titrisation ; on pouvait suspecter une genèse de risque et un mode de répartition des risques inquiétant. Loger des créances titrisées dans des fonds, et rendre le système plus flou.

4.71             Bâle II a trois piliers :

·          Cooke (toujours un ratio, avec des FP de Tier 1, 2, en plus sophistiqué pour le calcul du ratio, notamment pour prendre en compte les dérivés).

·          Dimension autodiscipline de marché : les banques doivent pouvoir développer leur propre modèle d'évaluation du risque, à faire valider par les autorités. Alors les banques les plus puissantes ont développé leur modèle très rapidement. Sinon, appliquer un vade mecum

·          Relations banques / extérieur en termes de communication : informer les marchés en transparence, car ceux-ci sont juges et censés être efficients, de façon à ce qu'ils puissent jouer leur rôle dans le processus d'appréciation de votre gestion.

4.72             Tergiversations actuelles :

4.73             Cooke devait être appliqué par les banques internationales. Mais toutes les banques s'y sont mises. De même, Bâle II ne concerne que 12 banques US, mais toutes, et de même  des pays émergents, se sont engagés à faire appliquer les critères : investir dans la respectabilité de leur secteur bancaire. Ex : Vietnam, à présent dans l'OMC, avec le système bancaire privatisé.

4.74             Les hésitations sur Bâle II (presque un an de retard actuellement) viennent actuellement plutôt des Américains. En effet, ce n'est pas assez contraignant par rapport à ce qu'ils mettent déjà en oeuvre. Cf. Écarts de normes entre les pays, et coût partagé entre les bons et les mauvais banquiers. Les Américains refusent un nivellement par le bas de leur taxe réglementaire sous prétexte de pouvoir rester compétitif. En revanche, leurs partenaires redoutent un effet anticoncurrentiel pour eux vis-à-vis des Américains, dans leur négociation.

4.75             Il existe aussi des ratios de division des risques : ne pas pouvoir prêter au-dessus d'un plafond au même emprunteur

4.76             Ainsi, Bâle propose un manuel d'usage (BRI) ; également, une autoréglementation pour chaque profession, assureurs, courtiers, etc. Les autorités publiques ne sont alors que des superviseurs en dernier ressort.

Section 5        Innovation, déréglementation et dynamique de la branche financière

L'innovation

5.1                On englobe les marchés de titres et de dérivés, l'assurance, toutes les formes de crédit spécialisés (crédit-bail, affacturage, capital-risque). 20 à 25 ans de dynamique de la branche des services financiers.

5.2                Dans tous les pays, à commencer par les grands pays industrialisés, un très fort développement depuis 20 ans de la branche des services financiers.

·          Par exemple la part des services financiers dans le PIB. Depuis 20 ans, une augmentation très significative de la part des services financiers : elle a largement doublé, et représente (UK) 8 à 9% de PIB aujourd'hui. Dans le grand Londres, un « PRBrut » serait encore beaucoup plus fort. Ou mesuré en termes d'emploi salarié.

·          Emploi dans le secteur. Même si délocalisations induites par les mouvements des entreprises induisent une perte d'emploi aussi dans les secteurs industriels.

·          Fortes recettes d'exportation, avec la prestation de services : gestion de fonds (AM), services de règlement, livraison, etc. sur les marchés, conseil en M&A, etc. Rapatriement aussi de profits des filiales implantées à l'étranger. Générateur de recettes d'invisibles en balance des paiements.

5.3                D'où des conflits au sein des zones (EU par exemple), pour conserver la prééminence de la place financière. Londres demeure dominant, y compris avec la fusion NYSE/Euronext (provoquant plutôt un appauvrissement de la place financière continentale).

L'innovation : types

5.4                Silber (Financial Innovation, 1975) transpose à la finance la théorie de l'innovation de Schumpeter.

De produit

5.5                Titrisation, dérivés, comme l'avait été le crédit-bail dans les années 1950.

5.6                Une grande différence face à l'innovation de produit industrielle : l'innovation financière n'est pas brevetable. Ex : offrir une carte VISA en prise directe sur un money market fund (SICAV). Merrill Lynch en était satisfait, et a voulu faire breveter son innovation. Chacun les imitait, et traîné en justice. Or, aucun argument à opposer pour empêcher de condamner.

5.7                Non brevetable car les coûts associés au respect du brevet sont très forts face au gain que l'on peut attendre du brevet. Idée : conférer un monopole à l'innovateur pendant un certain temps pour le récompenser de ses efforts passés et l'inciter à poursuivre les recherches à venir (voir l'innovation comme dynamique du système capitaliste, avec l'entrepreneur innovateur, selon Schumpeter, qui innove car il est rémunéré).

5.8                Or les innovations de produit existent, et ont été dynamiques au cours des 25 dernières années. On peut les qualifier largement de mineures cependant. Pourquoi ? Car un effet de réputation. Certains acteurs alignent les innovations : Citibank inventant le certificat de dépôt en 1961, etc. Elles acquièrent une réputation vertueuse. Non seulement acquérir, mais aussi défendre l'innovation. Réputation = monopole = surprofit, tout comme brevet = monopole = surprofit. Indicateur : votre place dans le palmarès annuel, par activité (forex trading, etc.). En regardant qui a inventé le produit, pendant 5 ans par exemple, cette banque est n°1 : une prime au primo-arrivant donc.

De processus  

5.9                L'industrie informatique a pour client privilégié le monde de la finance. Mais cela pose des problèmes d'irréversibilité de l'investissement (avoir choisi un mauvais SI). En outre, incompatibilité des systèmes. Les synergies ne sont pas systématique, s'il faut harmoniser les contenus informatiques et télécoms !  Ex : caisses régionales de CA, qui n'ont pas les mêmes systèmes. Ou lorsque les Espagnols ont fusionné avec Abbey National (UK), des problèmes.

5.10             L'innovation de processus informatique concerne :

·          Au départ des grands systèmes, avec des tâches routinières à VA quasi-nulle, et fort coefficient de main d'œuvre non qualifiée. Ex : en France, traitement des chèques au niveau régional. Quelques gros ordinateurs, un hangar et des relais en 3x8. Traiter les moyens de paiement matériels (chèques), puis les titres, puis leur dématérialisation : le titre devient virtuel. Alors, les activités sont totalement informatique, puisque la conservation y est comprise entière.

·          Années 1980 : irruption de la micro-informatique. On peut l'installer dans les réseaux, et elle est alors au service du chargé de clientèle.

·          Aujourd'hui, tout se traite à partir des banques, les palais de Bourse (Paris, Londres n'ont plus aucune utilité). Egalement des outils d'aide à la décision (écrans Reuters).

5.11             La dimension télécoms permet en outre l'interconnexion mondiale des systèmes : traiter les dérivés dans le monde 24/24.

De forme organisationnelle

5.12             Coase, Williamson : changer de forme pour être plus compétitif. La gestion des SI, avec internalisation des tâches matérielles. Ex : depuis 5 ans, Winterthur (assureur suisse) a délocalisé en Inde l'instruction des dossiers administratifs. C'est ainsi une externalisation. Puis, on peut même le vendre. Ex : gestion des tâches ancillaires vendue en Inde, comme au groupe Tata. Ex : portables IBM vendus à Lenovo, ou SI vendus à des SSII (Cap Gemini)

5.13             La mondialisation pose problème cependant : on trouve toujours un moins-disant. En outre, le savoir circule très vite, comme les possibilités de déplacement. De ce fait, la fin des pays leaders, puisque ceux-ci ne peuvent plus autant dominer en possédant un avantage d'information sur les autres. D'où, si l'on transfère la recherche dans les pays en développement, un risque très important.

Théorie de l'innovation financière

L'innovation comme réaction à la contrainte

5.14             Silber, de nouveau (1975) : l'innovation induite par la contrainte. L'acteur financier (banque, compagnie d'assurance) est au centre de l'étude, et non ses clients. L'intermédiaire financier est une entreprise, qui maximise une fonction d'utilité sous contrainte : le profit, ou la taille.

5.15             Les contraintes sont de trois types :

·          Internes : l'entreprise (intermédiaire financier) s'en donne à lui-même. Dans un environnement oligopolistique, la taille est la contrainte.

·          Externes : le marché du crédit peut être très concurrentiel (l'agent financier est price taker), et celui du dépôt peu concurrentiel (price maker).

·          Externes réglementaires : ratio de fonds propres, plafonds de taux d'intérêt sur les dépôts, division des risques (les crédits à un emprunteur ne peuvent être supérieurs à x fonds propres, ou x bilan).

5.16             Dans ce cadre, on optimise sous ces contraintes.

5.17             Alors on renforce les contraintes : si le ratio de fond propres passe de 4 à 8%, ou le taux de réserves obligatoires augmente, ou les plafonds sont abaissés sur les taux d'intérêt. Ou encore, le marché devient plus concurrentiel (perte de pouvoir de marché de l'agent) : le pays devient membre de l'OMC, les acteurs étrangers arrivent, et il faut ouvrir le marché à la concurrence (fin de l'environnement oligopolistique calme).

5.18             Un point distinct : l'augmentation du coût d'adhésion aux contraintes. Si les réserves obligatoires sont non rémunérées (taxe réglementaire), alors les banques ne touchent plus d'intérêts sur les bons du Trésor (transféré à la Banque Centrale). Si je laisse le coefficient de réserves obligatoires à 8%, mais si les taux sur bons du Trésor augmentent (ex : hausse de l'inflation), le coût d'adhésion à la contrainte augmente. Ce fut le cas des années 1970 pour les banques ; à cette époque, le plafond des taux d'intérêt n'était en outre pas relevé pour tenir compte de l'effet inflationniste.

5.19             Je dois réoptimiser, et l'intermédiaire financier peut subir une forte perte d'utilité. Sa survie est alors en jeu.

5.20             Début des années 1960 : l'inflation aux US augmente, et les plafonds ne sont pas relevés. Les banques subissent un fort coût, de désintermédiation : les déposants retirent leurs dépôts et vont acheter des bons du Trésor. Les banques doivent réagir. Citibank a ainsi inventé les certificats de dépôt (Silber).

5.21             Alors quand la contrainte ou son coût d'adhésion, les agents doivent innover pour conserver leur efficacité ou simplement assurer leur survie.

L'innovation comme réponse à une demande de caractéristiques nouvelles

5.22             Ici les utilisateurs sont au centre, et non plus les intermédiaires financiers comme dans la sous-section précédente.

5.23             Lancaster : un bien est un vecteur de caractéristiques, on peut donc le cartographier. Le consommateur consomme des caractéristiques (il maximise son utilité) et non pas le bien lui-même.

5.24             On peut transposer l'idée à la finance : des biens et des services comme d'autres. Les acteurs les vendent comme biens et services.

5.25             On retrouve la théorie du marketing moderne : segmenter la clientèle, à partir de la théorie lancastérienne de la consommation.

5.26             Ex : des biens strictement identiques. Ce qui diffère seulement, une griffe au nom prestigieux, alors que l'autre bien est vendu par correspondance sans griffe. Le premier bien vaut 2000€, le second 82€ ! Payer la griffe en bas.

5.27             Dictature des marques : une idée développée par Weblen au XIXe siècle. La théorie de la classe de loisirs (une société où les individus ne consomment plus que des marques).

5.28             Lancaster : les individus consomment des caractéristiques, comme les couleurs. Ex : Les fabricants de téléphonie mobile font du rose, car grand succès public.

5.29             En finance, les caractéristiques : le mode de rémunération, le risque de signature, le mode d'amortissement, l'échéance, etc.

5.30             En équilibre général intertemporel (Arrow-Debreu), pour opérer le transfert des ressources entre les périodes, et des risques entre les agents, il faut des actifs contingents (un contrat où l'on stipule des conditions et des conséquences). En Arrow-Debreu, une infinité d'actifs contingents permettant de trouver l'équilibre général intertemporel. Or en finance, nous n'avons pas tous les actifs contingents dont on aurait besoin dans l'idéal.

5.31             Pourtant, il y a un menu d'actifs : des obligations, des actions, etc. En outre, un actif financier est différent d'un autre par au moins une caractéristique. Je modifie alors une caractéristique de façon novatrice, en élargissant le menu. En 1979 en France, apparition de la première obligation à taux variable. Cette idée a permis donc de provoquer une innovation financière.

5.32             Contrairement à Silber (modèle simple d'optimisation), des modèles sophistiqués pour la genèse d'innovation comme réponse à une demande de caractéristiques.

Bilan des innovations

5.33             L'innovation du 2ème type est alimentée par la sophistication croissante des acteurs, semblant aller dans le sens de l'équilibre général intertemporel et chercher à élargir le menu d'actifs. Ce car ils sont sous des contraintes (innovation du 1er type). Des actifs financiers standardisés, ou des actifs structurés sur mesure : à la demande, à l'unité (financements structurés), avec l'application du modèle d'équilibre intertemporel. Ils font des efforts ainsi pour se rapprocher du nombre maximal d'actifs contingents.

L'évolution du cadre réglementaire

5.34             Rappels : la déréglementation a commencé à la fin des années 1970, aux USA, et s'est répandue dans le monde entier par capillarité (marché des eurodollars). Un Américain d »posant des dollars à la Chase à Londres était considéré comme déposant un eurodollar. Le seul critère déterminant : le dollar inscrit à l'actif et au passif d'une banque hors des USA. Il a joué un rôle primordial dans la diffusion par capillarité des innovations, souvent nées aux USA (point focal). Les grands emprunteurs, prêteurs et acteurs financiers y intervenaient en effet.

5.35             En matière bancaire :

·          Abolition des frontières entre domaines d'activité (banques, caisses d'épargne, assurances, etc.).

·          Suppression de la réglementation Q (USA) : fin des plafonds de taux d'intérêt sur les dépôts

·          Implantation des opérateurs étrangers dans les pays les plus restrictifs

Grandes mesures de déréglementation

Banques

Suppression de l'encadrement du crédit

5.36             A la fin des années 1970, la politique monétaire reposait (FR en particulier) sur l'encadrement du crédit : le gouverneur de la banque centrale annonçait chaque année l'encours global du crédit bancaire et sa croissance pour l'année à venir. Administrer l'enveloppe de 5% de plus. Beaucoup de pays faisaient de même. Saute dans les années 1980, abandonné en FR en 1987. Ici, on confond politique monétaire et réglementation. Effet secondaire : fin de la concurrence dans le système bancaire, alors que la demande de crédit nouveau était bien supérieure à l'accroissement d'offre autorisé. Pour le banquier, le client était l'ennemi. Donc gel des parts de marché, où on pérennise la situation initiale des banques. On a alors libéré les forces de concurrence, où les banquiers ont cherché à conquérir de nouvelles clientèles.

5.37             Ce système car on croyait que l'inflation = quantité de monnaie. La BC procure une liquidité BC (open market, ou réescompte), puis multiplicateur du crédit : les banques offrent ensuite des crédits. Mais si cela fonctionne différemment : les banques octroient des crédits, et les banquiers doivent se refinancer. En manque chronique de refinancement, et la BC peut punir car estime qu'excès d'offre de crédit. Risque alors de mise en faillite des entreprises. La BC doit avaliser en permanence le crédit octroyé par les banques. D'où une règle : ne pas autoriser à dépasser le quota (système de rationnement). Conséquence : le marché noir.

5.38             Marché noir : on reconstitue un marché de droits à acheter et vendre sur des marchandises rationnées physiquement. Parfaitement rationnel. D'où ici de la vente de désencadrement : si une banque ne pouvait épuiser son quota annuel, elle rachetait des crédits à ceux qui en avaient trop fait, avec la loi du plus fort.

Suppression des contrôles des changes

5.39             Gérer le taux de change quand il est fixe. Un catalogue de mesures qui entravent la plupart des mouvements de capitaux entre un pays et le reste du monde, plus ou moins sophistiqué. Non un bloc unique, mais un catalogue modulé en permanence.

5.40             Philosophie : tout est interdit, puis dérogations. Si on le supprime : tout est autorisé, sauf dérogations. Basculement fondamental.

5.41             Tous les grands pays industrialisés, dont l'UK (depuis 1932) et les USA (hors 1963 et 1974, où certaines mesures de contrôle des capitaux). L'Allemagne avait libéré tous les mouvements à partir de 1967.

5.42             Or pour l'échange d'actifs financiers, afin de diversifier les risques internationalement : un contrôle des changes en théorie du commerce international équivaut à des droits de douane et des quotas, sur les actifs et services financiers.

5.43             La FR pouvait ainsi protéger ses acteurs financiers de la concurrence étrangère. Une banque UK, aurait pu proposer un crédit immobilier à un client français. Il fallait encore faire circuler les capitaux. Aujourd'hui, on retrouve un schéma identique même avec Internet (hors espace euro/non euro). En effet, les produits financiers sont à forte composante juridique. Pour cette raison, cela joue encore un rôle déterminant comme entrave à la libre circulation d'actifs et services financiers.

5.44             Ex : on peut aujourd'hui techniquement souscrire un crédit hypothécaire auprès d'une building society UK (Halifax). Mais, avec la spécificité du marché immobilier en FR, et un notaire. Comment conserver une hypothèque dans une telle circonstance ? Halifax propose un autre contrat de prix hypothécaire, avec d'autres procédures juridiques.

5.45             Trois systèmes juridiques coexistent pour entraver l'unification des systèmes financiers : germanique, anglo-saxon et latin. On ne peut donc pas arbitrer en toute connaissance de cause.

5.46             Théorie du commerce international : obstacles non tarifaires de type des normes qualitatives.

5.47             Ici, si l'on supprime les contrôles des changes, on permet la plus grande circulation des actifs financiers. 1979, au UK. 1981, au JP. 1986, en FR. Tous les pays membres de l'UE devaient avoir aboli le contrôle des changes en 1989.

Marchés financiers

5.48             Sur les marchés financiers, avec les agents de change (opérateurs de marché, stock brokers, etc.) :

·          Ces agents étaient de simples courtiers et exécutaient les ordres de la clientèle, sans pouvoir agir pour eux-mêmes.

·          Cette profession subissait un numerus clausus, fixé : attendre la mort ou la faillite d'un titulaire. Les charges d'agents de change étaient des sociétés de personnes et non de capitaux dans les pays latins. On ne pouvait donc y prendre de parts sans être dans la profession.

·          Des barèmes fixés par le Ministère pour les commissions

5.49             Toutes ces mesures ont été supprimées en même temps, car on ne pouvait en supprimer l'une sans supprimer l'autre:

·          Les agents peuvent prendre des positions pour eux-mêmes, donc être contrepartistes voire faiseurs de marché.

·          Etre solide financièrement pour pouvoir prendre des positions : donner le droit d'emprunter, et basculer dans la société de capitaux en autorisant tout partenaire extérieur, y compris étranger. Des partenaires : banques, assurances, industriels. Création de sociétés de Bourse, pour remplacer les agents de change ; il n'y a plus de limite, et les banques rachètent l'essentiel des agents de change.

·          Fin du numerus clausus dans certains cas

·          Les commissions sont librement négociées entre les prestataires de service et leurs clients. Fin du barême.

Théorie de la déréglementation

Contraintes

5.50             Les innovations induites par la contrainte réglementaire. Les autorités peuvent donc resserrer la réglementation, mais échec car interaction avec les acteurs du marché. Elles finissent par comprendre que quand la réglementation est contournée par les innovations financière, il faut la supprimer.

5.51             Ex : fin des plafonds d'intérêt sur la rémunération des dépôts, car les money market funds (SICAV court terme) avec une CB branchée dessus.

5.52             Parfois, un long combat avec des mésallocations de ressources.

Innovations technologiques

5.53             Cela provoque une redistribution des avantages concurrentiels entre les producteurs existants. Ils vont plus ou moins vite pour incorporer les innovations. Une redistribution aussi entre les existants et les nouveaux venus.

5.54             Ceux-ci visent un segment bien précis de marché : le crédit à la consommation pour biens durables, possédé par des filiales de banques. GE est arrivé, fort d'une connaissance de crédit conso pour vendre ses frigidaires. Puis exploitation de bases de données, de SI. Lorsque le produit se standardise (scoring), il peut appliquer des procédés utilisés dans l'industrie et utiliser les NTIC pour conquérir des parts de marché.

Impact réglementaire

5.55             Quelle influence sur la déréglementation ? Les nouveaux arrivent et sont non ou moins réglementés. Alors pour une parité concurrentielle, déréglementation.

·          Ex : en FR, une vignette auto. Lorsque arrivée des motos, suppression de la vignette.

·          Ex : arrivée des hypermarchés dans les services financiers.

Les causes de la déréglementation

Ecart de dispositions réglementaires entre opérateurs en place et nouveaux entrants

5.56             Mieux vaut déréglementer qu'appliquer la réglementation aux nouveaux entrants, lorsque

·          Ceux-ci apportent une nouvelle technologie (ex : téléphoner sur des fixes via Internet).

·          Les opérateurs en place se plaignent alors de concurrence déloyale, et bénéficient d'une déréglementation.

5.57             Ex : Bourses de valeurs. Objectif : faire en sorte que les transactions soient honnêtes (les prix ne sont pas manipulés ; chacun dispose des mêmes informations pour éviter les délits d'initié ; chacun voit ses ordres traités dans un délai équitable) et réalisées à bonne fin (celui qui a acheté paye mais est sûr de recevoir les titres). Un risque de solvabilité existe toujours.

5.58             De nouveaux acteurs ont apporté les plates-formes électroniques (fonctionnement en réseau pour déterminer un prix et une transaction à un coût opératoire très faible). Il y avait auparavant une cotation par jour (prix officiels). Très sûr (garanties juridiques), mais très cher également. Après 20 ans de déréglementation, le processus n'en finit pas pour les grandes bourses de valeur : une pression continue. Ainsi, lors de la première vague de déréglementation, la bourse de Copenhague s'était vidée de ses transactions. En effet, l'essentiel des transactions était réalisé sur un petit nombre de titres boursiers, et avait été facile à traiter électroniquement.

Changements de rapport de force entre les acteurs (offreurs et demandeurs)

5.59             En France et dans tous les pays, des barèmes assuraient que la commission soit identique (en %) pour la transaction quel que soit la taille de l'épargnant, de l'ordre, de son portefeuille[10] . En effet, il y avait une grande diversité des donneurs d'ordre (de très petits épargnants comme la veuve de Carpentras, et des investisseurs institutionnels). Or la déréglementation dans les années 1980 en France a supprimé ces barèmes, et les agents de change n'étaient plus officiers ministériels surveillés par Bercy. Pourquoi l'avoir fait ? Car les investisseurs institutionnels sont montés en puissance au cours de ces mêmes années 1980 :

·          Les épargnants individuels n'avaient plus le temps de gérer leur portefeuille eux-mêmes. Acheter du tout-fait auprès des SICAV, FCP, Assurance Vie, ou pour se constituer une retraite (fonds de pension).

·          Le niveau de vie s'était élevé, donc de plus en plus d'épargne à placer

·          Les agents vivant de plus en plus vieux souhaitaient faire un effort d'épargne supplémentaire

5.60             Les investisseurs institutionnels gèrent leurs actifs en permanence (réallocation), et souhaitent des marchés liquides sur lesquels les coûts de transaction sont minimaux : d'où refus de subventionner les petites transactions, pour gérer de la façon la plus efficace l'épargne confiée par les épargnants mandants (AVie, ou FCP, etc.). Ils pouvaient aussi menacer de passer par des plates-formes électroniques et non plus par les bourses.

5.61             Aujourd'hui, sur les dérivés de change : menace de monter un système alternatif si la réglementation actuelle n'est pas révisée.

Concurrence entre les gouvernements

5.62             Les acteurs privés mettent le pouvoir réglementaire en concurrence entre les pays. Ex : baisser la taxation sur les sociétés (IS), pour suivre la concurrence fiscale internationale et au nom de la compétitivité des entreprises (J. Chirac, Vœux 2007). Pourquoi ne pas la rendre nulle dès lors ?

5.63             Une logique de commerce international, mais pas uniquement :

·          Commerce internationale – L'activité économique est aujourd'hui tirée par les services. Une partie d'entre eux apportent une forte valeur ajoutée peut s'y trouver, en particulier les services financiers. Ceux-ci deviennent donc un enjeu important dans le cadre de l'OMC. Les négociations achoppent sur l'agriculture, mais aussi les services, notamment financiers. Certains pays sont devenus très agressifs dans leurs exigences pour la libéralisation des échanges de services financiers. Ce n'est qu'une partie de la concurrence (autoriser à implanter des acteurs financiers, faciliter les échanges).

·          Ce qui est plus général : la compétitivité des acteurs, avec un cadre d'accueil efficace. Compétitivité des acteurs donc, et aussi des places. Les acteurs vont chercher à peser sur la taxe réglementaire, à portée directe des gouvernements pour accroître la compétitivité de leurs acteurs ou de leurs places.

5.64             Il s'agit de déréglementation compétitive. Ce processus est sans fin, au nom de la compétitivité des acteurs et des places. Si on déréglemente les acteurs, ou la place, les concurrents font de même, voire plus. Depuis 20 ans donc, les pays en rajoutent.

5.65             Résultats :

·          Les leaders depuis 25 à 30 ans en matière de déréglementation de place sont les Anglais. Enjeux : PNB, emplois directs et induits, échanges de services. Le premier contributeur au PNB est bien constitué par les services financiers (l'industrie a été vendue, de même que d'autres secteurs).

·          Le Luxembourg a déréglementé très significativement. Substitution de l'activité entre charbon et acier et vers les services financiers. Or les Allemands et Scandinaves s'obstinaient à ne pas déréglementer leur secteur financier, d'où un avantage comparatif à le faire pour le Luxembourg. Un acteur pourtant de petite taille, mais où les services financiers ont un poids considérable : très actif dans la concurrence gouvernementale et les négociations internationales.

5.66             Ce cadre de déréglementation profite aussi aux flux criminels, terroristes, contrepartie des trafics. La liquidité du système est aussi accrue pour eux.

Section 6        Economies d'échelle et d'envergure dans les activités bancaires et financières

6.1                Un débat qui remonte à 40 ans environ (économies d'échelle), avec beaucoup de littérature empirique, aux USA, en Europe. Les conclusions sont peu claires, malgré les efforts déployés : autant d'études concluant à des économies d'échelle (voire d'envergure) qu'au résultat opposé.

6.2                Ceux trouvant des économies d'échelle les trouvent généralement faibles. L'élasticité du coût moyen face à la variation de la taille est faible, légèrement supérieure à 1. Ceux trouvant des déséconomies d'échelle les trouvent, de même, plutôt faibles.

6.3                D'où l'objectif de cette section est plutôt d'éclairer les évolutions récentes du secteur (concentrations, OPA, etc.)

Définitions

Les économies d'échelle

6.4                S'intéresser aux économies d'échelle, c'est s'intéresser à l'évolution du coût moyen de production (CMP) d'un produit, typiquement dans une firme monoproduit. Lorsque le CMP diminue lorsque la taille augmente, des économies d'échelle, ou rendements d'échelle croissants. Ou déséconomies d'échelle à l'inverse.

6.5                Un cas fréquent : des rendements d'échelle constants, où le CMP demeure constant quelle que soit la taille de l'activité.

6.6                Quand les économies d'échelle sont très positives, les producteurs vont s'engager dans une course à la taille. Ils s'éliminent donc les uns les autres, et tendent vers un monopole naturel.

Les économies d'envergure

6.7                Trois produits différents, A, B et C. Quel est le coût total de production d'une unité de chaque bien ? CT = CTa + CTb + CTc. Si tout est regroupé pour la firme 1, et si CTabc < CT, alors on peut dire qu'il y a des économies d'envergure.

Pourquoi les résultats sont-ils aussi variés pour les économies d'échelle ?

6.8                Les explications sont avant tout méthodologiques. Pourtant, on observe des fusions bancaires, où les acteurs insistent sur les synergies !

6.9                On peut observer en activité aussi bien des petits producteurs que des gros : chacun peut opérer sur le marché bancaire, sans que les gros soient plus efficaces que les petits. CEx : pas de petits constructeurs aéronautiques. Ex : de grandes et de très petites boulangeries, mais la boulangerie industrielle n'a pas écrasé tous les segments de marché. Les boulangers n'ont jamais été vraiment incités à croître.

6.10             Ex : aux USA,  beaucoup de petites banques demeurent. De même en Allemagne. Certaines banques sont même gérées à temps partiel !

Des différences méthodologiques

La définition de la production

6.11             Quel est l'input retenu ? Les dépôts, les crédits ?

6.12             Pour certains auteurs, l'output est constitué par les dépôts, alors que pour d'autres, ce sont les crédits.

La définition des coûts

6.13             Les banques considérées transforment des dépôts en crédits, ou des crédits en dépôts. Supposons qu'elles produisent des crédits, à partir de dépôts. Quels sont alors les coûts ? En particulier, faut-il considérer les intérêts payés sur les dépôts (non si on veut considérer les caractéristiques techniques de production) ? Il y a alors des effets de taille, car une grande banque paye ses dépôts moins cher qu'une petite (car elle profite d'une subvention implicite, étant réputée assurée en dernier ressort par le prêteur-banque centrale). Les coûts entre une petite et une grande banque seront donc non comparables.

Le lieu d'observation de la production

6.14             On peut observer les résultats de la banque, ou d'une de ses succursales. Surtout : comment traiter le fait qu'il s'agit d'une banque à réseau ou sans réseau ? Certaines banques n'ont qu'un site d'exploitation, n'ayant aucun réseau. On peut la comparer à une succursale intégrée à une grande banque, et avec des résultats différents.

6.15             En effet, quels sont les services proposés par la banque ? La disponibilité de ses produits en son agence, mais aussi à l'extérieur via son éventuel réseau. Le réseau confère ainsi une externalité positive aux produits de la banque. Ce même si la succursale et l'agence indépendante sont de même taille. Généralisation de cette idée : le réseau peut être plus ou moins vaste, ou plus ou moins dense.

6.16             Comment traiter cette différence : en valorisant dans la production le service de proximité, si le réseau est très vaste et très dense (on n'est jamais à plus de 1 km d'une agence où effectuer ses opérations). D'où aussi un coût d'opportunité lié à l'absence de ce service de proximité.

Les fonctions de production

6.17             Plusieurs types de fonction existent, parmi lesquels :

·          Ces fonctions sont à coefficients fixes, et à facteurs complémentaires. Elles sont simples à manier, mais également très grossières. Plus le niveau d'observation est agrégé, plus le résultat est grossier également.

·          D'autres fonctions sont à facteurs substituables (coefficients d'élasticité de substitution).

·          Enfin, il existe des fonctions plus sophistiquées, de type Translog.

6.18             D'où comment comparer les résultats de travaux des années 1980 (certaines fonctions Translog) et des années 1960 (fonctions à facteurs complémentaires) ?

La période d'observation : l'exemple du taux d'inflation (années 1980 / années 1990)

6.19             Certaines études portent sur quarante ans. Des études du début des années 1980 et du milieu des années 1990 vont donner des résultats différents, même pour les mêmes pays industrialisés. En effet, différence de taux d'inflation par exemple entre une période et une autre. On peut considérer que ce taux résume les autres facteurs macroéconomiques. Au début des années 1980, tous les pays sont au-dessus de 10%, au milieu des années 1990, tous stabilisés autour de 2 à 3%.

6.20             Or les banquiers sont nominalistes : leurs critères de produit net bancaire sont élaborés à partir de la marge d'intérêt (différentiel entre les intérêts créditeurs et débiteurs). En effet, si le taux d'intérêt est à 10%, la marge est de 4%. Si le taux baisse à 4%, la marge ne restera pas à 4%, mais passera peut-être à 2.5%. Or le taux d'inflation, en baissant, a entraîné la baisse des taux d'intérêt. Parallèlement, les salaires et factures n'ont pas été divisés par 2. D'où le compte d'exploitation de la banque a souffert, du fait de cette spécificité.

6.21             Ex : industrie automobile. Les fabricants intègrent aujourd'hui toujours plus d'options (DVD, électronique, etc.). Jamais le prix des automobiles n'a baissé en nominal, malgré de forts gains de productivité. Voir la rigidité nominale des salaires à la baisse de Keynes : les fabricants vendent divers produits complémentaires à la voiture pour maintenir un prix nominal. Le prix nominal ne baisse que sur les « pures » automobiles, avec des Logan.

6.22             Ex : industrie informatique. Les prix nominaux se sont aussi effondrés à mesure du temps.

6.23             L'industrie bancaire, à l'inverse, ne peut maintenir ses prix nominaux. Quand sa marge diminue, il doit réaliser des gains de productivité là où il le peut. D'où à la fin des années 1980, introduction massive de l'informatique, pour gérer en interne et offrir des bouquets de produits. Des commissions ont pu être tirées de ces produits, non soumises à l'évolution de la marge d'intérêt. De même, ne pouvant diviser la masse salariale par deux, régulation des coûts de personnel par les licenciements.

6.24             De ce fait les études réalisées avant et après les efforts de réorganisation pour dégager des gains de productivité ne sont plus comparables, y compris pour les mêmes entreprises.

6.25             On pourrait aussi examiner d'autres facteurs macroéconomiques que l'inflation. Ou observer des pays émergents d'un côté, industrialisés de l'autre : au Brésil, passage de l'hyperinflation à une lutte contre l'inflation ; les banques ont su gérer sans dommage leur adaptation.

Quels sont les enjeux de politique industrielle de ces travaux et de leur poursuite ?

Les enjeux pour les économies d'échelle

Un débat historique : les succursales aux USA

6.26             Certains Etats aux USA cantonnaient les banques à un seul site de production (Chicago, réglementation) ; d'autres autorisaient un nombre de succursales limité dans une zone donnée ; des règles fédérales par ailleurs interdisaient les banques trans-Etats (via des holdings ou des succursales).

6.27             Or dès le début des années 1960, les banques (à NYC par exemple) se trouvaient à l'étroit. Ils souhaitaient coloniser tout l'Etat, ou plus loin, vers d'autres Etats. D'où une action de lobbying, pour être élargi. Les petits banquiers étaient de très loin les plus nombreux : 14 000 contre 150 grands banquiers, avec autant d'électeurs (un homme, une voix).

6.28             Les grandes banques ont donc dû éclairer le débat, en affirmant que le pays perdait à cette réglementation permettant à des banques « minuscules et inefficaces » de survivre ! Cette réglementation sur le succursalisme n'a été assouplie qu'au début des années 1990, par nécessité : permettre à des grandes banques saines de reprendre des banques moyennes de faire faillite et éviter d'éclabousser le système bancaire du pays.

6.29             La plupart des études sur les économies d'échelle aux USA ont été menées (et le sont encore) dans des banques de réserve fédérales (les banques centrales américaines). Ce débat n'est pas gratuit.

Un débat actuel : les fusions aux USA

6.30             Les travaux scientifiques actuels  ne sont pas univoques. Or on assiste à des mégafusions, ou des fusions entre les banques. Les nouvelles entités sont géantes de par la taille, capitalisation boursière, nombre de clients. Leurs dirigeants invoquent des synergies de coût, de par des économies d'échelle.

6.31             Or avec le rôle aujourd'hui joué par les nouvelles technologies (4 à 5 ans), on peut concevoir des produits bancaires, les distribuer, en gérer le risque, d'une façon nouvelle. Les produits bancaires étaient autrefois gérés (dépôts, crédits) et distribués par la même institution. Or aujourd'hui, on peut désintégrer les différentes étapes de la production, distribution et gestion des produits bancaires : plusieurs acteurs interviennent. Les nouvelles technologies permettent aujourd'hui d'offrir une banque complète (Ex : guichet virtuel dans un supermarché, y compris obtenir un crédit), et non plus seulement d'automatiser le distributeur de billets.

6.32             De même, en découpant la production, certains acteurs se spécialisent, d'autres externalisent. Ex : La banque Mellon, aux USA, se focalise sur la gestion de patrimoine, comme la conservation de titres, etc. Dans des restructurations, on assiste aussi à des cessions de segments d'activité à des opérateurs désireux de se spécialiser et d'atteindre une masse critique, pour réaliser, justement des économies d'échelle. Ex : fusion Mellon / Bank of New York. Les établissements se concentrent sur trois ou quatre segments d'activité seulement.

6.33             Il ne faut donc plus raisonner sur des banques, mais sur des activités bancaires. On sait en effet de moins en moins à quoi correspond le terme de banque. Le débat sur les économies d'échelle doit donc être reposé sur ces bases, en ne raisonnant plus sur les institutions.

Les enjeux pour les économies d'envergure

6.34             Les banques sont-elles vraiment pluriproductrices : des banques spécialisées (USA) ou universelles (Allemagne) ?

6.35             Le débat a aussi resurgi. Aux USA (Glass Steagall Act), les activités étaient très segmentées. Les banquiers d'investissement avaient développé des banquiers concurrents des produits classiques des banquiers de dépôt, qui ne pouvaient réagir. Ceux-ci trouvaient en outre des banques universelles (allemandes, suisses, françaises) face à eux à l'international, depuis la Directive de 1989. D'où une déréglementation, s'il existe des économies d'envergure. On a certainement pu en identifier, puisque le modèle de la banque universelle a prospéré. En Europe, au-delà de la banque universelle, on trouvait aussi la bancassurance. Des économies d'envergure liées aux méthodes de gestion des risques, qui mettent en jeu le même environnement (SI, partenaires, action sur les marchés de dérivés, etc.)

6.36             Cependant, des limites à ces démarches d'économies d'envergure, qui avaient du reste justifié le Glass Steagall Act : les conflits d'intérêt. On ne peut à la fois conseiller sur une M&A et vendre des produits pour le faire. De même si les centres de contrôle technique étaient aussi garagistes ! Ces problèmes avaient été laissés de côté, et les propos sur les séparations d'activité (chinese walls) dans les banques n'y apportent pas de réelle solution.



[1]              Ne pas confondre titres et marchés primaires.

[2]              Notons que les titres émis peuvent stimuler le marché du neuf. En effet si les prix y sont équitables (contiennent beaucoup d'information), peuvent entraîner un bon fonctionnement du neuf à la marge. Si les titres sur des marchés secondaires sont peu efficients, peu liquides, les investisseurs n'y retournent pas en effet.

[3]              Le bilan peut ne pas être sciemment équilibré cependant.

[4]              Le bureau des assassinats, prolégomène du stalinisme, de J. London. L'idée prédomine tout, puis des individus vertueux et moraux sont prêts à tout écraser, tout en ayant leur part de crapulerie dans leur coin. Ils s'entretuent à la fin.

[5]              Le Monde, « la fracture automobile ». La voiture comme mythe social fondateur d'une société. Années 1970 : elle cimentait la société. Aujourd'hui : elle est désagrégateur de la société, car la France d'en haut voyage en TGV et en avion, alors que celle d'en bas emprunte des voitures de plus en plus en mauvais état.

[6] Voir Tirole & De Watripont, Réglementation du secteur bancaire

[7] Voir Monetary history of the U.S.

[8] Quand une banque disparaît, son passif aussi.

[9] Voir Rochet, Freixas (1995) pour une analyse des principes réglementaires à adopter

[10] Ex : la garantie du service public postal en France, où que soit situé le destinataire, et pour le même prix (peréquation tarifaire).